
http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-37511977@7-60,0.html
Vatican-Islam: poursuite du forum à huis-clos avant l'entrevue avec le pape
05.11.08 | 17h50
Une déclaration commune doit être rendue publique à l'issue du forum.
"Nous nous sommes engagés à ne rien dire avant jeudi, mais comme vous pouvez l'entendre à ma voix, je suis souriant", a déclaré l'un des participants musulmans à l'AFP sous couvert de l'anonymat.
Vingt-neuf représentants catholiques conduits par le cardinal français Jean-Louis Tauran et autant de musulmans présidés par le grand mufti de Bosnie Mustafa Ceric confrontent depuis mardi la vision de leurs deux religions sur "l'amour de Dieu" et "l'amour du prochain".
Selon le programme officiel, la première journée a été consacrée à un exposé de chacune des parties sur les "fondements théologiques et spirituels" du christianisme et de l'islam, suivi d'un débat.
Le pape a rappelé mercredi au cours de son audience générale hebdomadaire que la croyance en la résurrection du Christ "est au fondement de (l') espérance" chrétienne. "Sans elle, la vie chrétienne serait absurde", a-t-il dit.
L'islam considère Jésus comme un prophète parmi d'autres et ne lui reconnaît aucun caractère divin, insistant sur l'unicité de Dieu.
Mercredi, la discussion a porté sur "la dignité de la personne humaine et le respect mutuel". Sur ce sujet, le Vatican demande régulièrement la garantie de la liberté religieuse pour les minorités chrétiennes dans les pays musulmans.
Un groupe de 144 chrétiens de divers pays arabes et européens, dont plusieurs convertis, ont adressé un appel en ce sens aux membres du forum, insistant notamment sur la reconnaissance de la liberté de changer de religion.
"L'actualité hélas ne cesse de le démontrer, les chrétiens en monde musulman sont en sursis et en péril", soulignent-ils dans cet appel publié sur le site de l'association catholique française Notre-Dame de Kabylie.
Le forum Vatican-Islam est le fruit d'un appel au dialogue lancé le 13 octobre 2007 aux chrétiens par 138 religieux et intellectuels musulmans du monde entier.
Cet appel intitulé "A Common World" (un monde commun) a recueilli à ce jour 280 signatures de représentants musulmans de toutes obédiences et l'adhésion de 460 associations. Il a été lancé un an après l'émotion suscitée par le discours prononcé le 11 septembre 2006 par Benoît XVI à Ratisbonne, en Allemagne, jugé offensant pour l'islam.
Le pape semblait y établir un lien entre violence et islam et revendiquer pour le christianisme contre l'islam un mariage harmonieux entre foi et raison.
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/europe/20081104.REU5787/dialogue_entre_chretiens_et_musulmans_au_vatican.html
Ouverture au Vatican d'un dialogue entre chrétiens et musulmans
REUTERS | 04.11.2008 | 14:32
Des dignitaires chrétiens et musulmans réunis au Vatican pour tenter d'engager un dialogue apaisé entre les deux grandes religions monothéistes qui rassemblent à elles deux plus trois milliards de fidèles. /Photo prise le 4 novembre 2008/REUTERS/Osservatore Romano
Par Tom Heneghan
CITE DU VATICAN (Reuters) - Des dignitaires chrétiens et musulmans se sont réunis mardi au Vatican pour tenter d'engager un dialogue apaisé entre les deux grandes religions monothéistes qui rassemblent à elles deux plus trois milliards de fidèles.
Cette réunion de trois jours est la conséquence directe du discours prononcé par le pape Benoît XVI en 2006 à Ratisbonne, où il avait laissé entendre que l'islam était une religion violente et irrationnelle, provoquant colère et incompréhension dans le monde musulman.
En réaction, 138 érudits islamiques avaient signé un manifeste exhortant les Eglises chrétiennes à entamer un nouveau dialogue pour favoriser un plus grand respect et une meilleure compréhension mutuels.
Dans ce document intitulé "Une parole commune entre vous et nous", ils avaient souligné que musulmans et chrétiens forment plus de la moitié de la population mondiale et que "sans la paix et la justice entre ces deux communautés religieuses il ne peut pas y avoir de paix significative dans le monde".
Le manifeste est aujourd'hui signé par 271 religieux et universitaires musulmans à travers le monde, dont vingt-huit sont présents au Vatican, sous la houlette du grand mufti de Bosnie Mustafa Ceric.
La délégation catholique, de même importance, est conduite par le cardinal français Jean-Louis Tauran, préfet du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux.
"COMPETITION STERILE"
Le forum a débuté dans une ambiance chaleureuse, selon un participant, par l'observation d'un instant de silence dédié aux prières pour le succès des travaux.
Les deux délégations devaient débattre à huis clos mardi de questions théologiques et mercredi de respect mutuel, y compris de la liberté et de la protection des minorités chrétiennes dans les pays musulmans, une question qui tient à coeur au Vatican.
Jeudi, les participants, dont fait partie le théologien musulman suisse controversé Tarik Ramadan, seront reçus en audience par le pape Benoît XVI avant de débattre dans l'après-midi, cette fois en public.
Les promoteurs du manifeste "Une parole commune" ont entamé leur démarche pour surmonter l'ignorance mutuelle auprès des Eglises réformées des Etats-Unis, en juillet, puis de l'Eglise anglicane, le mois dernier, avant de se rendre au Vatican.
Mgr Tauran a salué lundi dans une interview au quotidien La Croix le forum du Vatican comme un "nouveau chapitre" dans l'histoire souvent tendue des deux religions. Ce forum est appelé à se réunir tous les deux ans, alternativement à Rome et dans un pays musulman.
Ce dialogue est "bien plus vital et impératif que nos rivalités sur le nombre de croyants, nos prétentions contradictoires sur le prosélytisme ou notre compétition stérile sur la possession exclusive de la vérité", a estimé pour sa part Ramadan dans le journal britannique The Guardian.
Deux milliards d'être humains se réclament du christianisme, dont la moitié du catholicisme romain, et 1,3 milliard de l'islam. Les tensions entre les deux religions ont notamment été exacerbées par les attentats de septembre 2001 aux Etats-Unis.
Version française Marc Delteil
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2355127&rubId=4078
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D’autres confessions chrétiennes ont répondu aux intellectuels musulmans
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La lettre des 138 intellectuels musulmans d’octobre 2007 a suscité des réponses variées de la part des communautés chrétiennes, qui commencent aussi à réfléchir à une approche oecuménique du dialogue islamo-chrétien
Le Forum islamo-catholique qui se termine jeudi 6 novembre à Rome pourrait le faire oublier. La lettre « des 138 » intellectuels musulmans qui est à son origine ne s’adressait pas – comme la précédente, dite « des 38 » et datée de 2006 – au seul Benoît XVI, mais à tous les responsables d’Églises et de communautés chrétiennes du monde entier.
Certes, Benoît XVI fut le premier à réagir, faisant savoir dès le 19 novembre 2007 au prince Ghazi de Jordanie, à l’initiative de cette lettre, qu’il appréciait le geste, l’esprit positif qui l’inspirait, et l’appel à un engagement commun pour la promotion de la justice dans le monde, et lui proposant une réunion de travail avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.
Cette réponse avait été précédée d’une déclaration, très argumentée, des responsables de l’Institut pontifical d’études arabes et d’islamologie (Pisai) de Rome, « frappés par la largeur des horizons sous lesquels se situe le texte » et « par le caractère fondamental du propos : Dieu et l’homme ».
Une réponse du COE
La réaction du Conseil œcuménique des Églises de Genève, qui rassemble 349 Églises de 110 pays, s’est elle aussi faite en deux temps. Dès novembre, le COE a entrepris de consulter ses Églises membres et ses partenaires œcuméniques, avant de réunir théologiens et experts issus de ces Églises, engagés dans les relations islamo-chrétiennes. En février 2008, ceux-ci ont rédigé une réponse à la lettre des 138 intitulée « Apprendre ensemble à explorer l’amour ».
Dans ce texte, le COE encourage les Églises à reconnaître le sérieux de la lettre, à réfléchir à son contenu, et propose la création d’un groupe mixte chargé d’organiser une série de colloques « où responsables, intellectuels et praticiens musulmans et chrétiens réfléchiront sur les points de compréhension mutuelle, travailleront à élaborer un cadre théologique et éthique pour de futures initiatives conjointes et à trouver de nouveaux moyens d’approfondir la recherche sur des questions relatives à la foi et à la vie ».
La rencontre qui s’est tenue en juillet dernier à l’université Yale (États-Unis) à l’initiative du Centre Foi et Culture de la Yale Divinity School, fondé et dirigé par le théologien protestant Miroslav Volf, concrétise cette volonté, tout comme la conférence qui s’est déroulée du 12 au 15 octobre à la Divinity School de l’université de Cambridge (Royaume-Uni) à l’invitation du Dr Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry (lire La Croix du 5 novembre).
"Appelés à travailler main dans la main"
Dès avril 2007, le comité conjoint des Églises européennes du Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) et de la Conférence des églises européennes (KEK) pour les relations avec les musulmans en Europe s’est de son côté réuni à Esztergom, en Hongrie, avec des responsables musulmans, en vue de préparer la conférence islamo-chrétienne qui s’est tenue à Malines-Bruxelles du 20 au 23 octobre sur le thème « Être citoyens européens et croyants : chrétiens et musulmans comme partenaires dans les sociétés européennes ». Les participants ont travaillé sur trois thèmes : le rôle des religions dans la société laïque, les défis posés aux communautés chrétiennes et musulmanes, et la promotion du respect et de la compréhension réciproque à travers l’éducation.
Le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, vice-président des Conférences épiscopales d’Europe, est intervenu pour souligner les domaines dans lesquels chrétiens et musulmans étaient appelés à devenir de plus en plus des partenaires actifs : la défense de la liberté religieuse et de la liberté de conscience, le refus de l’exclusion, la promotion d’un vrai service de l’homme, le dialogue des cultures, la promotion mondiale des valeurs humanistes, citant en conclusion le théologien dominicain Claude Geffré, spécialiste du pluralisme religieux.
Dans la déclaration commune finale, chrétiens et musulmans se reconnaissent d’ailleurs « appelés à travailler main dans la main avec l’État auquel nous appartenons selon les modalités les plus appropriées », et se disent « convaincus que les communautés religieuses et l’État doivent construire ensemble le bien commun ». « Cette conviction, précise le texte, découle de notre sentiment d’appartenance non seulement à nos dénominations respectives, mais aussi à l’entreprise collective qu’on appelle citoyenneté. »
Relever ensemble le défi de "la vision antireligieuse du monde"
Dès avril également, et toujours en réponse à la lettre des 138, le patriarche orthodoxe de Moscou, Alexis II, rappelait que, pour être fructueux, le dialogue doit s’instaurer sur deux plans : « Sur le plan doctrinal, notre dialogue pourrait aborder des questions aussi importantes que la connaissance de Dieu, de l’homme et de l’univers, écrivait-il. En même temps, sur le plan pratique, la coopération entre les chrétiens et les musulmans pourrait aller dans le sens de la défense du rôle de la religion dans la vie publique, dans la lutte contre la diffamation, l’intolérance et la xénophobie et la promotion d’initiatives communes de paix. » Il affirmait ensuite que musulmans et chrétiens devaient relever ensemble le défi de « la vision antireligieuse du monde », invitant à un témoignage commun des valeurs de foi et de morale.
Enfin, conscient de la nécessité d’apporter une réponse œcuménique à l’appel des musulmans, le COE, ainsi que plusieurs communions chrétiennes mondiales, l’Alliance évangélique mondiale et l’Église catholique romaine, ont organisé du 18 au 20 octobre, à Chavannes-de-Bogis près de Genève un colloque visant « à envisager des moyens de définir une conception théologique chrétienne du dialogue avec l’islam et de déterminer quels sont les thèmes théologiques se rapportant à l’identité chrétienne vis-à-vis de l’islam ».
À l’issue de leurs travaux, ils se sont accordés pour souhaiter que les communautés chrétiennes approfondissent leur connaissance de l’islam, et ont défini les sujets susceptibles d’être abordés ensemble : les droits de l’homme, la conversion, le concept de laïcité, le pluralisme, la citoyenneté, mais aussi l’utilisation de symboles religieux pour servir une idéologie politique, et de la religion elle-même pour justifier la violence.
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Martine DE SAUTO |
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