9) Laïcité/bretagne/aujourd'hui

Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /2007 23:03
Dans le cadre de cours publics sur le thème BRETAGNE 2.100, IDENTITE ET AVENIR, tenus à l’Université de Rennes 2, le professeur Yvon Tranvouez, historien, présentait, le 20 novembre 2000, une communication  intitulée :

LE CIEL BRETON DEMAIN,
 et sous-titrée: essai de météorologie religieuse. (1)

    Autrement dit : quel ciel nous promet la Bretagne pour le vingt-et-unième siècle ? La météorologie, comme chacun sait, n’est pas une science exacte. La météorologie religieuse, quant à elle, en est  à ses balbutiements, et les historiens n’ont pas, d’autre part, à prédire l’avenir, ayant déjà suf-fisamment de mal à décrypter le passé.

    Cependant, la connaissance du passé peut permettre, le cas échéant, d’échafauder quelques hypothèses, ce que le conférencier va faire.

Tranvouez2
Vidéo envoyée par jpylegoff

Pour commencer, il fait le point sur les prévisions d’avenir que pouvaient faire en leur temps nos prédécesseurs, à l’époque où l’Eglise et l’Etat séparaient leur destin. D’un côté, disons les rationalistes laïcs prévoyaient l’effondrment du catholicisme selon des modalités variables. De l’autre, les milieux catholiques se divisaient entre ceux qui envisageaient une apocalypse fatale à la société sans Dieu et ceux qui espéraient en un retour à un christianisme originel, évangélique et pur.
    Ce ne fut ni la victoire des forces du mal, ni le retour de la Cité de Dieu dans la Cité des hommes.  Ceci ne doit pas, cependant, nous empêcher d’entreprendre, prudemment, une réflexion prospective sur la base du constat de données nouvelles dynamiques et par conséquent porteuses d’avenir que chacun, de sa place, peut observer.

    La question de fond qui se pose est de savoir si, la Bretagne ayant eu, tradionnellement, une indiscutable spécificité dans le paysage religieux français, on peut envisager la résurgence d’une spécificité bretonne dans l’avenir, sachant que, dans la seconde moitié du XXème siècle, elle s’était, pour le moins, atténuée.






    Dans une série de références très riches et très denses, le conférencier évoque “la crise du croyable” et s’interroge, à la suite d’autres observateurs des questions de religion, sur la possibi-lité d’une “recomposition des croyances”. “La foi ne disparaît pas, écrit-il. Elle s’exprime différemment, d’une manière déroutante et incontrôlablee par l’institution ecclésiale”. Les gens rpendraient ce qui leur convient dans la religion et laisseraient tomber le reste. La soumission à l’autorité, en l’occurrence institutionnelle et dogmatique, serait à ranger au rayon des accessoires
désuets.
    Cela n’empêchait pas 120.000 personnes d’accueillir, dans le plus grand enthousiasme, le 20 septembre 1996, Jean-Paul II  à Sainte-Anne d’Auray, tandis que mille autres signes de dévouement et de dynamisme sont repérabes dans l’ensemble des diocèses bretons.

 
   
    Ce qu’observe Yvon Tranvouez, c’est que le tarrissement des vocations sacerdotales entraînant le vieillissement et la raréfaction toujours plus grande des prêtres, a pour conséquence ce qu’il appelle “la disparition de la civilisation paroissiale”, ce qui entraîne des phénomènes en cascade:
    - la désertion des offices communaux.
    - les regroupements de paroisse.
    - la mise en place d’équipes pastorales nouvelles et, enfin :
    - l’inadéquation entre l’offre et la demande du religieux.

    Dans la demande, on peut prendre, à titre d’exemple, le problème des obsèques. Une question particulièrement sensible peut se poser: jusqu’à quel point l’opinion acceptera-t-elle que des funérailles religieuses se déroulent sous la houlette de personnels laïcs, quelque peu amateurs, alors que, dans le même temps, les Pompes Funèbres Générales, en dépit de leur vocation civile, accordent une place toujours plus grande, en professionnels qu’ils sont, au rite et à la dimension spirituelle de l’adieu aux défunts ?

    Moins spectaculaires, mais encore plus problématique, sans doute, sont ces sondages étalissant, tel celui de la SOFRES de 1986, que 47% des catholiques déclarés, c’est-à-dire moins d’un sur deux - croient à la Résurrection du Christ et 27%, à peine plus du quart, à sa présence réelle dans l’Eucharistie ? Depuis vingt ans, il est douteux que ces proportions se soient améliorés.

    A contrario, citant des sociologues, telles que Grace Davie, Danielle Hervieu-Léger, Françoise Champion, l’historien Yvon Tranvouez fait remarquer que toutes ces manifestations d’une nouvelle religiosité, peut-être mystiques, peut-être ésotériques, peut-être sectaires, sont présentes en Bretagne où, dès 1971, à Brest, des groupes du Renouveau charismatique s’implantaient.

    Mais il ne voit pas d’affinité particulière, et même plutôt le contraire entre la religiosité, ancienne ou nouvelle, et l’identité bretonne, à consonnance politique ou celtique. Dans deux fidé-lités, dit-il, il peut y en avoir une de trop.

    La conférence dont le texte est paru dans la revue CATHOLICA contient bien d’autres remarques qui ne manqueront pas d’intéresser les spécialistes qui voudront se la procurer. Concluant en demi-teinte, l’historien n’exclut ni un disparition du catholicisme breton dans l’indifférence générale, ni une nouvelle culture religieuse où la cathédrale de Quimper (par exemple) serait à nos racines ce que le Parthénon est à notre humanisme.

jean-paul yves le Goff

(1) résumé de cette conférence est paru dans la revue CATHOLICA n° 71, printemps 2001
(Catholica: 42, rue Dareau 75014  Paris.  http://www.catholica.presse.fr)

YvonTranvouez est également l'auteur, entre autres ouvrages, de : Catholiques en Bretagne au XXe siècle. (Presses Universitaires de Rennes-2006)

 Présentation de l'éditeur :Etre catholique en Bretagne au XXe siècle, c'était quoi ? Question étrange à première vue, et pourtant la réponse n'a déjà plus d'évidence pour les nouvelles générations, celles qui sont nées depuis les années 1980, après l'effondrement de la pratique religieuse traditionnelle. Du reste, il n'y a pas une mais plusieurs réponses. L'identification au catholicisme ne signifiait pas la même chose à la ville et à la campagne, en Léon et en Cornouaille, chez les clercs et les laïcs, du côté des simples fidèles et de celui des militants, avant et après Vatican II, dans les circonstances exceptionnelles - les guerres par exemple - et dans la vie quotidienne... On pourrait multiplier les variables. A travers différentes approches, qui déplacent les échelles et les points de vue, ce livre cherche donc d'abord à rendre compte de la diversité du vécu religieux au siècle passé. Mais au-delà, il incite aussi à réfléchir sur les mécanismes de la crise qui a emporté la chrétienté bretonne affrontée à la modernité.

 Biographie de l'auteur :Yvon Tranvouez est professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest) et directeur adjoint du Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UMR 6038 du CNRS).
Par jpylg - Publié dans : 9) Laïcité/bretagne/aujourd'hui
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