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20) Edition libre et indépendante

Dimanche 4 mars 2007

 Dans le cadre de la préparation de la loi de finances pour 2007, le député Dominique Richard, secrétaire de la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, a interpellé  le ministre de la culture et de la communication, le 15 novembre 2006 :

La présidente :
(…) La parole est à Monsieur Dominique Richard.

M. Dominique Richard :

Monsieur le ministre, je ne souhaiterais pas vous décevoir en ne vous interrogeant pas sur la restauration du clocher d’une commune de ma circonscription (sourires), mais ma question porte sur l’édition indépendante.

Il y a deux ans, lors d’un déplacement en Haute-Vienne, vous avez affirmé votre souhait de veiller « aux équilibres du secteur économique du livre, avec une attention toute particulière à l’égard de l’édition indépendante et de l’édition en région ».

Cette année, vous mettez l’accent sur le soutien aux éditeurs qui font des choix exigeants sur le plan culturel, mais dont la rentabilité est aléatoire ou attendue sur un terme plus long que celui des opérateurs principaux du marché, et c’est heureux. En même temps, le Centre national du livre permet de poursuivre ce travail au moyen des aides aux éditeurs : prêts aidés, soutien à la prise de risque, à la trésorerie, aides pour la traduction, la numérisation.

Cependant, le secteur du livre, et de l’édition en particulier, subit aujourd’hui un effet de ciseau : le chiffre d’affaires total a augmenté de 30 % en dix ans, quand le nombre de titres édités augmentait de 71 %. Une baisse moyenne des tirages en résulte alors que, parallèlement, on assiste à une polarisation autour de quelques grand succès, au détriment d’une diversité quelque peu mise à mal par la puissance des grands groupes d’édition. Il faut rappeler que deux groupes rassemblent à eux seuls près de 70 % du chiffre d’affaires du secteur. A l’autre extrémité, 2.800 éditeurs indépendants n’en pèsent financièrement que 0 ,7 %. Ces maisons d’édition manquent de capitaux propres et éprouvent de grandes difficultés à promouvoir leurs publications.

Quelles mesures entend prend le Gouvernement pour soutenir l’édition indépendante ? Je suggère, pour ma part, trois pistes :

- La mise en place de coopératives de lecteurs permettant aux auteurs et aux lecteurs d’entrer dans le capital des maisons d’édition au moyen d’avantages fiscaux incitatifs ;
- La constitution d’un fond d’aide aux écrivains d’aujourd’hui, alimenté par un modeste pourcentage sur les ventes réalisées par les œuvres tombées dans le domaine public ;
- La mise en place d’une plate-forme publique d’édition permettant à tout auteur qui se trouve absent de l’offre commerciale de mettre ses œuvres à la disposition du public et d’en obtenir une juste rémunération, comme cela est prévu dans la loi sur le droit d’auteur du 1er août 2006.

Ce ne sont là, monsieur le ministre, que des propositions parmi d’autres en vue de réfléchir plus profondément à la question de la diversité dans l’édition littéraire, dans la droite ligne de l’action que vous menez rue de Valois. La représentation nationale aimerait connaître vos intentions dans ce domaine.

 

Mme la présidente :

La parole est à M. le ministre.

M. le ministre de la culture et de la communication :

L’édition indépendante et de création est naturellement au cœur de la politique que conduit le ministère de la culture dans le secteur du livre.

Afin de maintenir sa vitalité, le Gouvernement entend développer ses aides non seulement aux éditeurs, mais également aux auteurs et aux libraires, à travers la réforme d’une des taxes alimentant le Centre national du livre, inscrite dans le projet de loi de finances rectificative pour 2006. Grâce à des moyens accrus, le CNL développera notamment ses aides en direction des auteurs comme des traducteurs.

Par ailleurs, et en étroite concertation avec le Syndicat national de l’édition et le Syndicat de la librairie française, le ministère entend favoriser la mise en place, à l’initiative des professionnels du secteur, d’un système tout à fait novateur de regroupement des commandes de livres auprès des petits éditeurs afin de favoriser la présence de ces derniers en librairie et de développer ainsi leur activité.

Je crois en effet qu’avant même de renforcer les capacités d’investissement, et donc le nombre de publications des petites maisons d’édition, par exemple par la création de coopératives de lecteurs que vous suggérez, il convient de s’assurer que leurs livres pourront être présentés au public et ainsi générer des revenus qui font effectivement aujourd’hui cruellement défaut à ces éditeurs.

Enfin, dans un pays qui publie 55.000 nouveaux titres par an – c’est sa richesse ! – il ne me paraît pas être de la responsabilité de la puissance publique d’accroître encore cette production en mettant en place une plate-forme publique d’édition. Une telle plate-forme pourrait inutilement troubler les équilibres déjà fragiles du monde de l’édition, dans lequel l’initiative privée doit jouer le premier rôle au service de la liberté et de la diversité culturelle, le problème étant moins celui de la production éditoriale que celui de sa diffusion et de la durée de présence des ouvrages en librairie.

Toutes ces questions sont actuellement examinées, sans tabous, dans le cadre de la mission « Livre 2010 » confiée à la direction du livre et de la lecture. Au moyen de tables rondes qui rassemblent tous les acteurs concernés, tans publics que privés, cette mission est chargée de faire des propositions sur les adaptations de la politique du livre rendues nécessaires notamment par le développement du numérique. Notre projet de bibliothèque numérique européenne vise non seulement à mettre en réseau les bibliothèques de l’Union européenne, mais à associer à ce travail de réflexion les auteurs et les éditeurs.

Dans le domaine du livre, il convient enfin de prêter la plus grande attention à la cohérence des décisions. Ainsi, la gratuité des ouvrages scolaires a, dans certaines régions, détruit la diversité du réseau des libraires et des éditeurs. Des décisions généreuses se retournent parfois contre ceux qu’elles sont censées aider !

 

M. Dominique Richard :
Ce sont des dégâts collatéraux !



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Par jpylg
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Dimanche 4 mars 2007



 
A l'initiative de l'Association L'autre livre, (voir l'article "S'associer"),  dans les locaux  de l'Hôtel de Ville du XIème arrondissement de Paris, se sont tenus, le 29 avril 2005, des "Etats généraux des éditeurs indépendants, dont voici un compte-rendu très succinct :

 
"120 personnes (en majorité éditeurs) ont répondu à l’invitation de l’association L’Autre Livre et participé à la tenue des Etats généraux des éditeurs indépendants.

En fait d’Etats généraux, ils s’agissait selon le mot de l’un des participants plutôt d’une réunion du Tiers état de l’édition.

L’objet n’était pas seulement de dresser les « cahiers de doléances » des petits éditeurs, mais de débattre de quelques unes des questions essentielles de la profession afin de confronter les points de vue et d’élaborer des analyses et des propositions qui devront se retrouver dans le « Livre blanc » que prépare l’association.
(...)

Les auteurs présents aux Etats généraux ont souligné à leur façon le rôle de ces maisons d’édition. Le fait d’être petit ne confère évidemment pas une qualité intrinsèque (et il se fait fort heureusement beaucoup de bons livres dans tous les secteurs de l’édition, du côté des « grands » comme des « petits » que le romancier Roger Bordier préfère nommer la « nouvelle édition »).
(...)
Les petits éditeurs (ou les « nouveaux éditeurs ») ont une chance et responsabilité : faire des livres de qualité, des livres qui leur paraissent nécessaires.
(...)

Cela est vrai aussi dans le champ des essais, voire des livres scientifiques où une certaine tendance à la massification et la domination anglo-saxonne tendent à faire négliger des publications à moins de 500 exemplaires, pourtant essentielles (selon un intervenant, du CNRS).

Le mode même de diffusion des livres, chez la plupart des petits éditeurs, fait, par sa modestie même, que leurs livres échappent dans une certaine mesure au sort de beaucoup de livres aujourd’hui : faire un tour en librairie et finir au pilon. Car pour beaucoup de ces éditeurs, (qui ne fonctionnent pas avec le système de l’office) un livre reste une nouveauté longtemps.

Ceci étant, la rencontre ne s’est pas bornée à redire l’utilité de l’existence dans ce pays d’une édition indépendante. Elle a aussi insisté sur plusieurs problèmes qui rendent l’existence de ces maisons d’édition souvent très difficile et esquissé des réponses.

(...) --- le problème de la promotion et de la diffusion des livres issus de la "petite édition" a fait l'objet de nombreuses interventions (...) ---

En conclusion, il a été décidé d’interpeller les pouvoirs publics sur un certain nombre de points (que le Livre blanc devra préciser) et d’aller vers une rencontre avec le SNE.

Enfin, Francis Combes, parlant au nom du bureau de l’association L’Autre Livre, a proposé que se constitue un « Conseil permanent associations d’éditeurs indépendants » (plusieurs regroupements, d’importances inégales et de vocations parfois différentes, ayant été répertoriés). Il paraît important de constituer une telle structure afin de disposer d’un lieu collectif de concertation et d’être en mesure, quand nécessaire, de s’adresser en commun aux pouvoirs publics et aux différents partenaires."
Par jpylg
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Dimanche 4 mars 2007
S'ASSOCIER


L'édition libre et indépendante est dans un rapport de grande faiblesse vis-à-vis des mastodontes de la grande édition : "il faut rappeler que deux groupes rassemblent à eux seuls près de 70% du chiffre d'affaires du secteur. A l'autre extrémité, 2.800 éditeurs indépendants n'en pèsent financièrement que 0,7%". (Dixit, le député du Maine-et-Loire Dominique Richard (voir l'article "Une intervention parlementaire", dans cette rubrique).

Les auteurs libres et indépendants, tout en défendant jalousement leur liberté et leur indépendance, ont, par conséquent, intérêt à se regrouper, ne serait-ce que pour exister face à la puissance publique.

Ci-dessous, les coordonnées de deux associations :

La première, particulièrement destinée aux auteurs, riche d'un grand nombre d'adhérents et d'une très dense implantation en réseau, à travers toute la France, organise chaque année un salon du livre très suivi.  Son siège se trouve 21/23 rue Lalande, 75014 Paris.

Elle dispose, bien entendu, d'un site internet, par l'intermédiaire duquel les membres peuvent diffuser leurs ouvrages :

http://www.auteurs-indépendans.com



























La seconde association est davantage destinée aux éditeurs. Elle organise également un salon annuel, ainsi que diverses autres manifestations (par exemple, les  états généraux des éditeurs indépendants le 29 avril 2005 à l'Hôtel de Ville du XIème arrondissement de Paris  (voir l'article "Etats Généraux des éditeurs indépendants") ;ou publication d'un ouvrage collectif, voir l'article "L'Edtion menacée"  ou l'organisation des Assises de l'Edition indépendante, tenues sous l'égide du Conseil régional d'Aquitaine, à Bordeaux, les 9 et 10 novembre 2006)
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L'association est sise 48, rue Sainte Croix de la Bretonnerie
75004 Paris
et son site internet se présente ainsi :

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http://www.editeurs-lautrelivre.net/
Par jpylg
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Dimanche 4 mars 2007



L'édition menacée, tel est le titre d'un opuscule publié par les éditions Duboiris (coordonnées ci-dessous), en collaboration avec l'association "L'autre livre" (voir article "S'associer")





Il faut le lire.  Le sujet est hautement politique. La liberté de penser est en danger.


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livre blanc sur l’édition indépendante

 coordination Charles Onana ; préface de Gilles Perrault.
Paris : Duboiris, 2006. – 79 p. ; 21 cm. – (Monde imparfait).
ISBN 2-9522315-6-7 : 8 €



Ce petit ouvrage, coordonné par Charles Onana pour le compte de l’association l’Autre livre, reproduit l’essentiel des interventions des « premiers états généraux de l’édition indépendante » qui eurent lieu le 29 avril 2005 à l’initiative de cette association et avec le soutien du conseil régional d’Île-de-France, de la direction régionale des affaires culturelles, de la ville de Paris, etc., dans le XIe arrondissement de Paris.

Le sujet est d’actualité : articles de presse 1 et rencontres foisonnent. Le récent salon du livre de Paris y consacra plusieurs tables rondes ou conférences, avec en maître d’ouvrage une autre association d’éditeurs indépendants, l’Alliance, et un programme qui voulait promouvoir « la bibliodiversité au cœur de l’espace francophone » ; le syndicat national de l’édition (SNE) a créé un groupe de travail présidé par Liana Lévi, qui travaille à élaborer des propositions concrètes pour aider les « petits éditeurs » ; de nombreuses rencontres régionales enfin rassemblent localement les structures concernées, la dernière s’étant tenue en Aquitaine
(...)
Il est dans un premier temps assez facile de brosser un tableau succinct de l’édition française et les premières communications reproduites dans cette brochure ne manquent pas de le faire : l’édition est très concentrée et aux mains de grands groupes financiers ou industriels multinationaux. Hachette-Lagardère, Wendel Investissement (Éditis), Rizzoli (Flammarion), Média-Participations, Reed-Elsevier contrôlent 70 % de l’édition française. Cette concentration va croissant comme en ont témoigné le rachat du Seuil par La Martinière ou, en 2005, ceux de Masson par Reed-Elsevier et du Rocher par le Groupe Privat.

À terme cette concentration est dangereuse pour la création ou, plus directement, pour l’expression d’idées critiques sur la société. Ces groupes privilégient en effet la rentabilité de leurs actionnaires, avec des objectifs supérieurs à ceux qui étaient en usage dans l’édition familiale : ils se concentrent sur les marchés porteurs, les productions culturelles de masse. Et ils n’ont aucun intérêt à éditer des ouvrages qui offrent une critique de la société et de l’économie qu’ils représentent. À l’autre extrémité de ce monde, apparaissent de nouveaux éditeurs qui s’installent dans les périmètres et sujets délaissés par ces groupes mais qui vont rapidement se trouver limités dans leur développement car ils ont du mal à trouver des structures de diffusion ou de distribution et ils sont évincés des circuits commerciaux de librairies. (Jean Claude Utard)



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© Editions Duboiris 2007
67 rue Saint Jacques
75005 Paris
contact@editionsduboiris.com
Par jpylg
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