21) science des religions en France

Vendredi 15 juin 2007 5 15 /06 /Juin /2007 12:36
Cet article est paru sur le forum "fr.soc.religion", le 14 juin 2007

sous le titre :


Déconstruction du christianisme (29). Réponse à Paul Veyne : 2) comment Paul Veyne écrit l’histoire du IVème siècle.



COMMENT VEYNE ECRIT L'HISTOIRE


« Circulez, il n’y a rien à voir » pourrait être, disais-je, le sous-titre du livre de Paul Veyne dont le titre principal est : « Quand notre monde est devenu chrétien : 312-394 »



Ce titre lui-même, dans la mesure où il prétend couvrir l’histoire du IVème siècle et tout spécialement sous l’angle des relations entre le politique et le religieux, aurait pu être plutôt : « Naissance du christianisme ». Sauf que, précisément, en masquant tout ce qui fait la réelle histoire de ce siècle, c’est, précisément, cette réalité historique fondamentale, cachée depuis un millénaire et demi, que l’auteur a l’intention de continuer à occulter. Le christianisme est une religion qui naît au IVème siècle de l’ère dite chrétienne.

Affirmant une telle idée, nous formulons une théorie, qui est cette théorie que notre livre « La déconstruction du christianisme » va tenter de démontrer.

Aucune religion ne naît brusquement ex nihilo, c’est-à-dire de rien, si ce n’est selon les adeptes de la vérité théologique, de la Révélation divine. Dans une perspective historique a-religieuse, toutes les religions au contraires, se forment progressivement en empruntant des éléments les unes aux autres, des plus anciennes aux plus récentes, et en restructurant ces élements dans une formation qui peut donner l’impression d’être, qui peut même être, parfaitement original. Mais ce processus prend du temps. C’est bien le cas du christianisme qui ne se sépare pas brutalement, en l’espace d’une génération, du judaïsme qui l’a vu naître, mais qui, non seulement s’en écarte très lentement, mais dérivant du judaïsme, n’en dérive pas moins des philosophies hellénistiques, tout en empruntant largement et à la mythologie grecque et aux cultes à mystères orientaux.

Selon notre théorie, il n’y a pas de christianisme ni de chrétiens au 1er siècle, parce que cette date est beaucoup trop précoce, même si quelque chose existe qui permettra l’émergence du christianisme.

On peut même être sûr qu’il est existe un groupe religieux dénommé, en grec, « christianoi » si l’on prend le verset 26 du chapitre 11 des Actes des Apôtres, qui pourrait être du 1er siècle, bien que ce ne soit pas aussi avéré qu’on veuille généralement le dire. De même, le courant religieux auquel ces individus se rattachent est bien le « christianismos »,  puisqu’Ignace d’Antioche utilise ce mot dans sa lettre aux Magnésiens  ((X,3). Mais, nous semble-t-il, c’est abusivement que ces termes sont traduits par « chrétiens » et « christianisme ». Le terme d’Ignace de « christianismos » doit se traduire par « messianisme » et le terme des Actes de « Christianoi » par « messianistes ».

Que de tels groupes de personne aient existé au 1er et au 2ème siècle, c’est-à-dire des gens (Juifs ou païens) qui ont la conviction que le Messie annoncé depuis des siècles par le judaïsme était venu, cela ne saurait faire de doute. De plus, que le christianisme, cette religion chrétienne que nous connaissons et qui a forgé l’Europe, soit né de ce courant-là, c’est pratiquement une évidence. En revanche, cela n’était pas une nécessité. Cela veut dire que ces « christianoi » et ce « christianismos » auraient fort bien pu soit disparaître, soit donner naissance à une religioin nouvelle totalement différente de notre christianisme : par exemple en fusionnant avec d’autres courants philosophico-religieux contemporains, tels que le néo-pythagorisme, ou ultérieurs, tels que le manichéisme ou le néo-platonisme, ou le mithricacisme qui, historiquement, s’érigeront en concurrents de notre christianisme émergent.
La formation du christianisme que nous connaissons est un processus lent, exactement comme le sont toutes les formations de toutes les religions. Nécessairement, elle a un point de départ et un point d’achèvement, même s’il peut y avoir une part d’arbitraire à vouloir fixer ceux-ci avec trop de précision. Il n’y a pas particulièrement de raison de voulor interdire que ce point de départ soit au 1er siècle, même s’il existerait bien des raisons de le fixer antérieurement.

Il n’y a, par conséquent, pas de raison non plus de vouloir nier à un personnage qui serait Jésus-Christ de figurer à ce point de départ. Simplement, si Jésus-Christ fonde quelque chose, à supposer que son existence historique soit avérée, ce quelque chose n’est pas le christianisme, mais, dans le meilleur des cas,  un quelque chose qui, ajouté à bien d’autres choses, conduira au chrstianisme. La question est de savoir quelles sont ces autres choses et quand sont-elles toutes réunies pour que l’on puisse dire que le christianisme est désormais formé, que le processus de formation est parvenu à son point d’achèvement ?

La réponse nous semble évidente, même si très peu d’historiens, parmi ceux, du moins, dont la théologie n’a pas mis à tout jamais l’esprit critique hors circuit, l’affirment : l’achèvement de la formation du christianisme se situe au IVème siècle, plus précisément à la fin du IVème du quatrième siècle, c’est-à-dire que le christianisme naît à la fin du IVème siècle et non au début du 1er. De même que la formation de l’embryon est terminée quand, sorti du ventre de la mère, il vient à l’ère libre et prend le nom de « bébé ». C’était sans doute le même être, mais une heure avant ou un mois avant la naissance, c’était un bébé attendu, mais ce n’était pas un bébé, c’était un embryon.

De la même façon, bien évidemment quelque chose existe, tout au long du IIIème siècle, et déjà au Iième, et peut-être même (en cherchant bien) au 1er qui présentera des analogies plus ou moins fortes, avec le christianisme ; mais ce ne sera pas le christianisme ; nous l’appellerons dans les pages qui suivent le « pré-christianisme ». La question devient de savoir ce qui sera nécessaire pour que l’on puisse considérer que, désormais, le christianisme est « né ». Selon nous, deux choses sont nécessaires et seulement deux : il faut qu’il y ait un objet de croyance qui corresponde à ce par quoi, aujourd’hui, nous reconnaissons le christianisme ; c’est la première ; la seconde c’est qu’il faut une autorité qui détermine cet objet de croyance et qui ait le pouvoir de désigner les individus et les groupes qui adhèrent à cette croyance, autorité qui s’exercent sur ceux-ci et qui existe par ceux-ci, nous avons désigné la papauté.

Par une telle définition impliquant l’autorité disciplinaire et dogmatique, c’est, évidemment, le christianisme catholique qui est défini. Nous n’oublions pas qu’aujourd’hui un christianisme protestant existe et que très tôt, dans le temps, un christianisme orthodoxe s’est séparé du christianisme catholique romain.  Mais nous remettons à plus tard le souci d’en discuter pour réaffirmer que le christianisme que nous connaissons existe du jour – c’est bien le mot qu’il faut employer – du jour où se définissant lui-même, précisément par l’objet de croyance et par l’autorité, ce christianisme, précisément, se dit catholique, c’est-à-dire universel, c’est-à-dire mondial, c’est-à-dire général, c’est-à-dire pour tous, c’est-à-dire commun, car ce sont tous ces sens-là qui sont compris dans le terme grec « catholicos » utilisé. Et ce jour-là, en effet, existe, c’est le 28 février 3870 ; date de naissance du christianisme et disons-même que l’acte de baptême existe : son nom est l’Edit de Thessalonique et il a un auteur, il s’agit de l’Empereur Théodose (346-395) qui écrit : « Nous ordonnons que ceux-là soient rassemblés sous le nom de Chrétiens catholiques » (1). Les autres, dit Théodose, s’appelleront autrement, et il prendra de nombreux autres édits pour leur donner différents noms et abattre sur eux sa férule.  Dans ce même Edit de Thessalonique, parfaitement officiel, il définit le cœur de la doctrine chrétienne : « Nous croyons en la divinité unique du Père, du Fils et de l’Esprit, dans une égale Majesté et une Sainte Trinité ». Enfin, Théosose désigne non pas le chef de l’Eglise catholique, qu’il vient officiellement de fonder, mais les deux chefs, puiqu’ainsi lui a-t-il semblé, les choses devaient fonctionner. Il désigne le Pontife Damase qui séjournait à Rome et le Pontife Pierre qui était, lui, à Alexandrie.

Nous entrerons plus loin dans l’examen de la question de la papauté et nous montrerons comment les données dont dispose l’histoire a-religieuse diffèrent sur ce point de la représentation qu’en veut donner l’histoire théologisée qui tient mordicus à une succession ininterrompue de papes de Saint-Pierre à Benoit XVI (364 papes, paraît-il).


Des évêques de Rome ont existé, bien entendu et même en nombre appréciable, avant Damase. Qu’ils aient  exercé une quelconque autorité sur certains de leurs collègues d’autres diocèses, - ce que l’histoire officielle de l’Eglise s’entiche à affirmer et pour cause, puisque cette succession de papes serait la seule garantie de l’intégrité de la foi chrétienne enseignée par Jésus-Christ à ses apôtres, - ce n’est pas tout à fait impossible, bien que de nombreuses raisons invitent à en douter.  Ce qui est sûr, c’est que si une telle autorité a existé avant Damase (305 ? – 384), elle ne s’est à peu pèrs jamais manifesté, en dépit des innombrables circonstances où elle aurait dû le faire. De même la connaissance que nous avons des 36 papes qui auraient précédé Damase est absolument squelettique, se réduisant la plupart du temps à un  nom. Nous verrons cette question dans des pages ultérieures.

C’est donc pourquoi, jusqu’à preuve du contraire, il nous semble légitime d’affirmer que Damase est le premier pape d’une religion fondée le 28 février 380.

Il est particulièrement difficle à des croyants d’envisager que la religion en quoi souvent ils ont placé, ou bien d’où ils tirent, le meilleur d’eux-mêmes, ait été fondée par décret impérial, alors qu’ils la pensaient fondée par Révélation divine, mieux : par l’incarnation de Dieu lui-même dans l’espèce humaine, en la personne de Jésus-Christ.

C’est sans doute la raison pour laquelle, traitant de la façon dont notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne estime qu’il n’est pas utile de parler de l’Edit de Thessalonique. Il aurait sans doute fait trop de peine à certains s’il s’était laissé aller à une telle liberté.  L’ennui est que, quand un tel type d’omissions devient systématique, on se trouve en face d’une entreprise de désinformation. Et quand une telle entreprise se pare, ne serait-ce qu’indirectement du prestige d’une maison telle que le Collège de France, on est en droit de dire, tant que demeure la liberté d’expression, qu’une telle entreprise est inadmissible.

Que penser des formations distribuées par les IUFM à l’intention des professeurs des écoles, si la plus haute autorité enseignante de notre Etat laïc, permet la désinformation systématique ? Rappelons que le but de la réintroduction de l’enseignement religieux à l’école laïque, préconisée par Régis Debray, est de comprendre les éléments fondateurs de notre civilisation.

Pour Paul Veyne, racontant le IVème siècle comme le siècle au cours duquel notre monde est devenu chrétien ne croit pas utilise de citer l’Edit de Thessalonique. Ce n’est pas un élément essentiel de ce siècle. Il n’a pas de rôle fondateur. Il ne figure sans doute pas en tant qu’article 2 du titre 1 du Livre XVI du Code Théodosien que le petit fils de Théodose 1er, Théodose II, fera compiler au Vème siècle et qui formera la base juridique de tous les états à venir de l’Europe.

Quel professeur d’IUFM parlera de l’Edit de Thessalonique et du Code théodosien à ses étudiants, si un professeur du Collège de France n’en parle pas à ses auditeurs, ne l’écrit pas pour ses lecteurs ? Quel instituteur de la France profonde osera à un parler à nos chères têtes blondes, si lui-même n’en a pas été informé ?

L’ »oubli » de l’Edit de Thessalonique est fort loin d’être le seul « oubli » du livre de Paul Veyne. Absolument tout, de la première à la dernière ligne, est à l’avenant.



Résumons : qu’il s’agisse, comme nous le disons, de la naissance du christianisme ou non, le IVème siècle est essentiel à la connaissance du christianisme. Rien n’oblige à adopter cette théorie du siècle de la naissance. Mais rien n’autorise, si l’on veut comprendre certains aspects essentiels du christianisme et la façon dont il jouera son rôle dans la formation de l’Europe, rien n’autorise à ignorer les faits les plus essentiels de ce siècle essentiel.

Beaucoup parmi les historiens non engagés religieusement considèrent que le christianisme existe à partir de la fin du Iième siècle, notamment avec Irénée et Tertullien. Cela se défend. Tout est dans la définition des critères permettant l’identification, la reconnaissance de telle ou telle religion, sa différence vis-à-vis d’une autre.

Ce qui commence à s’imposer chez les historiens a-religieux, c’est que la nécessité de dire que le premier siècle de l’ère chrétienne n’a pas pu voir, paradoxalement, la naissance du christianisme, c’est la nécessité de dire que Jésus-Christ, Pierre, Paul, Jacques ou les autres n’ont pas pu être chrétiens, même si, éventuellement, ils ont existé et fait telle ou telle chose qui permettra la naissance du christianisme.

La nécessité impérieuse qui se fait sentir est de dire que la réalité difficilement cernable de ce qui fait la matière des quatre évangiles canoniques appartient forcément à la religion juive, une religion juive archaïque, finissante, dont la clé de compréhension est dans le messianisme, l’apocalyptique, l’eschatologie, trois perspectives intrinsèquement liées mais qui se comprennent dans le judaïsme et non pas dans le christianisme qui en est, au contraire, un détournement.

Dès l’instant où cette réalité du premier siècle (ou du second)  est systématiquement cachée -  on la cachera, par exemple, en passant sous silence les dizaines d’évangiles qui circulent en même temps, - on ne peut également que cacher tous les éléments qui donnent lieu de penser que la véritable naissance de la religion nouvelle deviendrait claire si on la recherchait à une autre période que le siècle inital de notre ère. Le IVème, par exemple.

Les historiens a-religieux ne choquent pas encore trop s’ils prennent la liberté de placer la naissance du christianisme à la fin du Iième siècle, où les rapports entre l’ombre et la lumière permettent encore à la foi religieuse dogmatique de se représenter à peu près ce qu’elle veut, surtout pour peu que ces historiens aient pris la sage précaution d’affirmer haut et fort qu’ils ne mettent pas en doute l’existence de Jésus de Nazareth, lequel aurait fondé quelque chose qu’ils s’accordent à appeler le « mouvement de Jésus ». « Appelez cela le mouvement de Jésus « , si cela vous chante », rétorquent  en toute confraternité leurs collègues les historiens-théologiens, « et laissez-nous penser (et dire) qu’il s’agit de l’Eglise, sachant qu’il y a christianisme s’il y a l’Eglise et qu’en conséquence, le christianisme a bien été fondé par Jésus et les Apôtres, comme nous le disons depuis 2,000 ans ».

Dès lors, les choses s’envenimeraient vite si les premiers en venaient à soutenir que tout est chrétien n’est pas présent au 1er siècle, c’est-à-dire dans les évangiles, s’ils sont du 1er siècle, à commencer par la divinité de Jésus et qu’en revanche, tout ce qui est présent, est bel et bien juif, à commencer par le Messie et la fin du Monde ». Mais ce qui serait inexorablement un conflit insoluble se résoud dans des discussions d’experts, où , à défaut de franchise, on rivalise d’érudition. On sait vivre, entre gens instruits.

Il faut avoir la naïveté de l’enfant du Conte d’Andersen (« Les habits neufs de l’Empereur ») qui s’écrie devant  les courtisans interloqués : »Mais le roi est nu ! » pour faire remarquer à ces savants :

-    qu’au début du IVème siècle, il n’y a pas de pape ; qu’à la fin, il y en a un.
-    qu’au début du IVème siècle, il n’y a ni fêtes religieuses légales, ni pélerinages aux lieux saints, nireliques ; mais qu’il y a tout cela à la fin.
-    qu’au début du début IVème siècle, la religion chrétienne est interdite et persécutée, qu’à la fin, elle est obligatoire et persécutrice.                                                                                                           

C’est tout cela qu’oublie Paul Veyne, quand il prétend raconter comment notre monde est devenu chrétien.

Inutile d’entrer dans le détail. Cet ouvrage est absolument indéfendable. Il est même pernicieux, en ce qu’il semble sacrifier à cette tendance d’où devrait sortir cette vérité cachée depuis un millénaire et demi, précisément consistant à reconnaître que le christianisme est né au IVème siècle.

Or, si l’auteur choisit de braquer les projecteurs sur ce siècle décisif, ce n’est par pour éclairer, c’est, au contraire, pour aveugler ; ce n’est pas pour qu’il soit connu, c’est, au contraire, délibérément pour que le, pensant honnêtement, l’avoir étudié, reparte plus ignorant que jamais et parfaitement berné .

C’est ainsi qu’en consacrant les quatre-cinquièmes de son ouvrage à Constantin, Paul Veyne donne caution à cette idée reçue aussi tenance que fausse qui est que c’est à Constantin que le christianisme devrait d’être devenu religion d’Etat. Constantin ne fait rien de tel : il donne au christianisme une situation de religion privilégiée, mais nullement unique ni obligatoire, le paganisme attaqué ici ou là, surtout pour des raisons fiscales, demeure autorisé, le culte impérial continue à s’exercer en sa personne ; il demeure lui-même le Souverain Pontife (Pontifex Maximus), c’est-à-dire chef religieux de tout l’empire.

C’est Théodose, encore Théodose qui, non content de l’Edit de Thessalonique qui fait, bel et bien, du christianisme la religion obligatoire et unique, prend une série de décrets pour persécuter le paganisme (tolérant le judaïsme). C’est Théodose qui renonce au titre de « Pontife maximus », reconnaissant par là-même l’autorité religieuse du pape. Théodose acceptera l’excommunication prononcée contre lui par Ambroise, l’évêque de Milan et se soumettra à l’amende honorable pour sa réintégration.  Paul Veyne n’en souffle mot. Circulez. Il n’y a rien à voir. Théodose, dans le livre de Paul Veyne, n’a droit qu’à quelques pages.
L’Empereur Julien (dit Julien l’Apostat) qui, de 361 à 363, tente, après la mort du Fils de Constantin, de restaurer le paganisme, est à peine évoqué. Circulez.

Sur Constantin lui-même, Paul Veyne ne dit pas un mot qui pourrait éveiller l’esprit critique.  Il raconte la vision chrétienne du Pont Milvius,en 312 , mais oublie la vision païenne du même Constantin au temple gaullois d’Apollon en 310. Il fait semblant d’ignorer que l’authenticité de la conversion de Constantin a été contestée par de nombreux historiens. Il oublie tous ses crimes. Idem pour l’attachement de l’Empereur au culte du soleil et à tout un ensemble de rites païens jusqu’à la fin de sa vie ; il néglige que le baptême ait lieu à la fin de sa vie, par un évêque arien ; il oublie le revirement de Constantin en faveur de l’arianisme ; d’ailleurs, de l’affaire de l’arianisme, Paul Veyne ne dit à peu près rien ; comme si ce n’était pas la question essentielle de la structuration de la foi chrétienne ; comme si loin d’etre résolue, comme le prétendent les théologiens, en 325 au concile de Nicée (qui se tenait dans son palais d’été) , elle ne ne continuait pas jusqu’au concile de Constantinople de 381 (dans la capitale de Théodose), pour d’ailleurs ,ne  jamais se terminer vraiment mais se transformer en d’autres hérésies et aboutir, in fine, au grand schisme de l’Eglise d’Orient.

Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire : les deux dates choisies comme des repères décifis (312, la bataille de Pont Milvius) et 394 (la bataille de la Rivière Froide) sont parfaitement arbitraires.

Pourquoi ne pas prendre plutôt, 311, l’édit de tolérance de Galère qui met fin à la persécution de Dioclétien et accorde aux chrétiens la liberté de pratiquer leur culte et 391, par exemple, où Théodose, le  16 mai, prend, après bien d’autres décrets, celui-ci qui figurera dans le Code Théodosien, au livre XVI, chapitre 5, titre V, article 20 :

« Nous ordonnons que que les pollutions contagieuses des hérétiques soient extirpées des villes et déracinées des villages. Il n’y aura à leur endroit aucune possibilité de rassemblement, si bien que, nulle part, ne s’assemblera une réunion sacrilège de tels hommes. Aucun rassemblement qu’il soit public ou caché ne sera permis à la perversité de tels hommes, qui puisse servir de retraites à leurs fausses doctrines ».


Pourquoi pas 325, 1er concile œcuménique de Nicée, où sous le regard en coin de l’empereur, les évêques définissent le premier dogme chrétien, à savoir la consubstantialité du Fils et du Père, et 381 : Constantinople , deuxième concile oeucuménique, où les évêques, étroitement surveillés, édictent le deuxième dogme, celui de la Trinité , définisant ainsi le credo que nous récitons encore aujourd’hui et qui s’appelle, pour ces raisons, le credo de Nicée-Constantinople et que l’on pourrait appeler aussi bien le Credo  de Constantin-Théodose ?

Pourquoi pas 325-381 ou 311-391 plutôt que 312-395 ? Pour une raison très précise, c’est que, si l’auteur choisissait les deux premiers couples de date, plutôt que le troisième, il offirait au lecteur des repères réellement significatifs de ce que fut l’histoire de ce siècle tourmenté et décisif. C’est, précisément, ce qu’il veut éviter.  Le but de cet ouvrage, c’est de présenter une vision édulcorée de ce que fut la réalité implacable, cruelle et irréversible du siècle fondateur de la civilisation occidentale. Son but est de permettre aux historiens-théologiens de poursuivre l’œuvre de foi, que d’ailleurs, bien sûr, ils jugent bonne et vitale, sans se trouver gênés par la vérité historique qui, selon eux, est d’une moindre valeur que la vérité théologique qu’ils détiennent.





Je pourrais continuer ; mais c’est assez pour aujourd’hui. Pour d’autres informations sur la lente  formation du christianisme, rendez-vous prochainement dans

LA DECONSTRUCTION DU CHRISTIANISME (pour une histoire dé-théolgisée des origines du christianisme)

Et, pour davantage de détails sur le IVème siècle, prière d’avoir la patience d’attendre, l’ouvrage qui paraîtra après :

TOLERANCE ET CONTRAINTE AU IVème SIECLE, AURORE DU CHRISTIANISME
(Constantin, Julien, Théodose).


Merci de votre attention

jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net







Voir l’Edit de Thessalonique en page (…)
Par jpylg - Publié dans : 21) science des religions en France
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Vendredi 15 juin 2007 5 15 /06 /Juin /2007 12:27

Cet article est paru sur le forum « fr.soc.religion », le 14 juin 2007-06-15
Sous le titre :


Déconstruction du christianisme n° 28 : Réponse à Paul Veyne, 1) Comment on écrit l’histoire.


    VEYNE : comment on écrit l’histoire



Le 11 juin dernier, je publiais sur fr.soc.religion un post intitulé «  Paul Veyne : comment notre monde est devenu chrétien 312-394 » (Prix du livre d’histoire du Sénat 2007)  en promettant d’y revenir bientôt. Ce que je vais faire aujourd’hui au moyen de deux posts assez longs.

Mais avant de parler de Paul Veyne et de son livre, je voudrais faire des remarques plus générales sur l’historiographie et l’enseignement du fait religieux dans nos écoles.

Je signalerai tout d’abord la parution, au même moment que le livre de Paul Veyne qui, lui, se concentre sur le IVème siècle et l’accession du christianisme au statut de religion d’Etat, d’une autre « Histoire du christianisme », sous la direction d’Alain Corbin, au Seuil, ayant pour sous-titre «  pour mieux comprendre notre temps ».


C’est en raison de ce sous-titre que je veux en parler ici, bien que ne l’ayant pas encore lu.
A propos de cet ouvrage, l’éditeur a écrire que notre société est imprégnée de christianisme, par le moyen d’un très grand nombre de signes présents dans tous les aspects de la vie sociale et de la vie quotidienne, ceci pour conclure : « Les connaissances nécessaires à l’interprétation de cette présence s’effacent avec rapidité. Du coup l’incompréhension grandit. »

Ce constat est gravissime et il n’est pas nouveau : on ne comprendrait plus les origines de notre culture parce que l’on aurait oublié – probablement du fait de la laïcisation de la société – les origines de la religion chrétienne et le rôle joué par celle-ci dans la formation de notre civilisation occidentale.









C’était le même constat qu’avait fait, naguère, le ministre socialiste de la culture Jack lang et qui l’avait amené à commander un rapport au philosophe Régis Debray, lequel s’était matérialisé sous la forme d’un petit opuscule (d’abord publié par la Documentation française, puis chez Odile Jacob) intitulé : L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque (2.002)



La réunion dans le même titre des deux adjectifs « religieux » et « laïque » est très remarquable.

Ce rapport très court, de 35 pages, était important par ce qu’il disait et encore plus par ce qu’il ne disait pas. Il se divisait en cinq parties, intitulées :

I Quels attendus ?
II. Quelles résistances ?
III. Quelles contraintes ?
IV. Quelles laïcités ?
V. Quelles recommandations.

Dans ses remarques sur les résistances, à la partie II, le philosophe écrivait :

« De remarquables pas en avant ont été faits (…) Cela dit, quand on veut approfondir, le consensus s’effrite. Car sur les voies et les moyens d’une meilleure inclusion des questions religieuses dans un enseignement sans obédience religieuse aucune, vives sont et demeurent les crispations. Passer des vœux pieux aux décisions pratiques réveille aussitôt d’invétérés  soupçons. Méfiances symétriques qui devraient, en bonne logique, s’annuler l’une l’autre, mais qui en bonnepsychologie, redoublent l’inhibition ».

Voilà le problème bien posé. Parler de religions dans l’enseignement laïque – puisque aussi bien n’en pas parler est contradictoire avec la finalité même de l’école – est périlleux. Aussitôt, nous dit le philosophe, s’éveillent des craintes, des soupçons, des inhibitions. Régis Debray précise : « Du côté laïque, il arrive qu’on dénonce à mots plus ou moins  couverts le cheval de Troie d’un cléricalisme masqué, l’ultime ruse d’un prosélytisme par ailleurs en déroute (…) le loup dans la bergerie (…) Du côté ecclésiastique ou croyant, il arrive qu’on dénonce un autre cheval de Troie, celui du confusionnisme et d’un relativisme dénigreur qui (…) effacerait les frontières (…) entre (…) la « vraie » religion et les « fausses ».

Régis Debray fait, dans sa dernière partie douze recommandations qui, essentiellement, consistent à donner une formation aux professeurs des écoles (ex-instituteurs) pour le primaire , aux professeurs de philosophie, d’histoire et de littérature pour le secondaire.

Des mesures concrètes (en même temps que discrètes) ont depuis été mises en œuvre et une évaluation à l’heure actuelle où l’un des dern iers actes de la présidence de Jacques Chirac fut de mettre en place un « observatoire national de la laïcité » serait certainement du plus haut intérêt. Sauf à mettre le feu aux poudres, ce que, justement, tout le monde souhaite éviter.

A défaut d’une telle enquête, nous avons à notre disposition, d’une part, les manuels scolaires en usage dans nos écoles ; car, bien avant le rapport de Régis Debray, la question des religions était traitée dans les manuels d’histoire, même si dans la pratique, l’écrasante majorité des enseignants préféraient purement et simplement faire l’impasse sur ces parties, prétextant le manque de temps et la surcharge des programmes.  (1)

D’autre part, il y a la production éditoriale destinée à tous les publics quiest, à l’évidence, la première source où ira puiser l’enseignant laîc consciencieux qui désirerait faire un effort personnel pour s’informer en dehors du cadre  trop directif que pourrait lui imposer son administration d’appartenance, en l’occurrence l’Education Nationale.

C’est une telle recherche qui l’amènerait assez spontanément à s’intéresser à un ouvrage tel que celui que j’ai mentionné au début de cet article, celui publié par le Seuil en mars 2007, sous la direction d’Alain Corbin et qui se prévaut la collaboration de pas moins que 60 historiens-enseignants-chercheurs.

L’enseignant non-spécialiste que j’évoque et que j’imagine honnêtement à la recherche d’une information raisonnablement objective, se sentira probablement en relative sécurité par les deux simples garanties que sont la réunion de soixante collaborateurs sous la direction d’une autorité telle qu’Alain Corbin, professeur en Sorbonne et qu’on ne peut soupçonner d’un engagement confessionnel a priori,  qui interfèrerait fâcheusement avec la rigueur scientifique exigée. Notre enseignant-honnête-homme va donc se sentir rassuré. Comme je n’ai pas encore regardé l’ouvrage en question, je ne vais pas affirmer de but en blanc qu’il a tort. J’exprimerai seulement un principe de prudence que je résumerai ainsi :

Toute l’histoire des religions en général et en particulier l’histoire des origines du christianisme fonctionne à l’intérieur d’un paradigme théologique dont le but est de permettre
à la théologie d’affirmer, sans pouvoir être contredit, ses fondements historiques.

Tout ouvrage qui s’inscrirait en dehors d’un tel paradigme constituerait un scandale ; L’histoire du christianisme sous la direction d’Alain Corbin n’a pas fait scandale ; il s’inscrit donc à l’intérieur de ce paradigme. Cela veut dire qu’il est fortement marqué, d’une idéologie religieuse, même si elle ne se remarque pas. En effet, cette idéologie religieuse se fond dans une idéologie ambiante et l’idéologie ambiante n’est guère détectable, puisque l’on baigne dans son sein. Il en va de l’idéologie ambiante comme de la lumière naturelle par laquelle on voit mais que l’on ne peut pas voir. En revanche, une lumière artificielle (électrique, par exemple), pourra  se distinguer d’une lumière naturelle. Il en va de même de toute idéologie qui tranche par rapport à l’idéologie dominante. Cette idéologie dominante veut que l’histoire des religions s’écrive en respectant les dictats des vérités théologiques respectives ; toute histoire d’une religion écrite en dehors de la tutelle théologique de celle-ci fait scandale pour celle-ci.

Venons-en à Paul Veyne. Avant de parler de son dernier livre, dans le post suivant, je voudrais dire quelques mots sur cet auteur très remarquable, professeur honoraire au Collège de France.

C’est avec la parution  en 1971 d’un ouvrage majeur, intitulé « Comment on écrit l’histoire » que Paul Veyne accède à la notoriété publique qui lui vaut, en 1976, de devenir professeur au Collège de France.

Une abondante littérature a été consacrée à commenter cet ouvrage, considéré aujourd’hui comme fondateur et qui, bien que fort démodé, demeure une référence.  La critique de l’histoire par elle-même n’était pas spécialement une nouveauté en 1971, tant s’en faut ; mais cet ouvrage marque cependant un tournant dans l’évolution de cette discipline.

L’ouvrage consistait en variations, à mon avis délayées à outrance, sur les limites de l’objectivité de la démarche historique, donc la part de liberté et de subjectivité de l’auteur-historien et toutes les interférences idéologiques possibles (axiologiques, disait-il) qui pouvaient s’observer dans tout ouvrage d’histoire. La démarche de Paul Veyne n’était pas unique. Le tournant consistait, après que l’école des Annales ait fait son temps et intégré la sociologie dans l’histoire, l’école de « La Nouvelle Histoire » intégrait le structuralisme et l’anthopologie elle-même rénovée. Dans la revue des Annales, un historien d’une génération précédente (également théologien),  Michel de Certeau reconnaissait au jeune trublion le mérite de « décoloniser l’histoire ».

L’image n’était pas fausse ; mais il faut la relativiser et rappeler certains apports qui avaient été et demeurent oubliés : par exemple, avant la Révolution de l’Ecole des Annales, il existait une école dite « l’Ecole méthodique » qui signalait, par exemple avec Charles Seignobos, qu’il existait une grande différence, presque de nature,  entre « l’histoire générale » et « l’histoire des religions », la première étant entièrement dans le champ de la raison, tandis que la seconde s’inscrivait dans le champ des croyances.

Cent vingt ans après, cette distinction pourtant si fondamentale et si évidente ne parvient pas à s’imposer et à être reconnue.

Pourtant, là est le problème : en matière d’histoire des religions, et singulièrement d’histoire des origines du christianisme, l’histoire des croyances ne cesse d’interférer avec l’histoire des faits qui sont supposés fonder les croyances. Il semble qu’il soit impossible de présenter les faits sans qu’automatiquement soient mises en question les croyances.

Rétablir , après une déformation d’un millénaire et demi, le rapport vrai entre les faits, dans la mesure où ils sont connus et les croyances qu’ils ont fondées, tel est le but que je me suis fixé dans la « Déconstruction du christianisme ».

Compte tenu de ce que furent, en 1971, les positions de Paul Veyne dans « Comment on écrit l’histoire », on aurait pu espérer qu’un tel but serait à peu près celui que poursuivrait le même auteur 36 ans après dans « Comment notre monde est devenue chrétien ». C’est très loin d’être le cas. C’est exactement le contraire qu’il fait : c’est la défense, avec toute l’autorité qui est la sienne, ou plus exactement avec toute l’autorité qui s’attache à l’institution dont il se prévaut, le Collège de France, la défense du paradigme théologique le plus traditionnel.

On aurait pu espérer que celui qui avait « décolonisé » l’histoire en général était particulièrement qualifié pour « dé-théologiser » l’histoire des origines du christianisme. C’est le contraire qui se passe.

La puissance coloniale, exclusive, totalitaire, étouffante, sort renforcée de l’entreprise de Paul Veyne. Puissance invaincue après un millénaire et demi de triomphe, invaincue mais, osons-nous espérer, et même avec l’aide inattendue du Collège de France et du Sénat réunis, non pas à jamais invincible.




Jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net







(1) Je reviendrai  sur la question de la présentation de la religion chrétienne dans les manuels ultérieurement.














Par jpylg - Publié dans : 21) science des religions en France
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Mercredi 6 juin 2007 3 06 /06 /Juin /2007 12:34
KIERKEGAARD CHRETIEN



Premier article :
(1) : kierkegaard est et n'est pas d'actualité.


J'entends beaucoup parler de Kierkegaard, ces temps-ci. Il paraît que le philosophe danois qui vécut de 1813 à 1855, serait, en 2007, d'une grande actualité.

De fait, le n° 463 , daté d'avril 2007, du Magazine littéraire lui consacre un important dossier.



Ici et là, se tiennent des conférences; j'assistais, la semaine dernière à l'une d'elles, dans une institution très officielle qui se consacre à l'étude des religions et tout spécialement à la question de l'enseignement du fait religieux dans nos écoles . D'ailleurs, le conférencier était l'un des rédacteurs du dossier du Magazine littéraire, grand expert de Kierkegaard, cela va de soi.

Or, je dis que :

a) Kierkegaard n'est pas et ne peut pas être d'actualité, mais qu'il est à la mode, ce qui est autre chose;
b) que l'on parle beaucoup, en effet, de Kierkegaard, mais ceci afin de le laisser très peu parler.

Cela peut paraître paradoxal, quand on sait que cette agitation est causée par la sortie, à l'initiative de Fayard et des éditions de l'Orante, du premier volume de l'intégrale des "Journaux et cahiers de note", tenus par le philosophe de 23 ans jusqu'à sa mort.



Peut-on dire alors qu'on ne le laisse pas parler ? Oui; en tous cas, moi, je le peux et je dirai même qu'on le détourne, sort qui n'est d'ailleurs pas réservé qu'à lui.

D'actualité, il n'y a qu'une actualité éditoriale; resterait à établir que l'actualité éditoriale est en phase avec l'actualité sociétale et la réponse est non.

Tant mieux, si ce monumental ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre met un précieux matériau brut, via le réseau  des bibliothécaires universitaires à la disposition du microcosme des connaisseurs de Kierkegaard; mais là s'arrêtent les raisons de se réjouir. Ceux qui connaissaient déjà bien Kierkegaard le connaîtront encore un peu mieux; tant mieux; mais ceux qui ne connaissaient pas Kierkegaard le connaîtront-ils mieux ? La réponse est encore non: ceux qui ne connaissaient pas Kierkegaard ne le connaîtront pas davantage. Tant pis.

Et pourquoi cela, alors que, précisément, on en parle ? Parce que ceux qui en parlent ne le laissent pas parler.

Soren Kierkegaard fut, en son temps, un énorme scandale. Or, si on le laissait parler, au lieu de parler à son sujet, il se pourrait fort bien que, dans une certaine mesure, Kierkegaard fasse encore scandale aujourd'hui.

On pourrait en dire autant de bien d'autres auteurs, d'ailleurs, y compris de ceux que l'on considère comme les mieux connus: Voltaire, Direrot, par exemple et tant d'autres.

Soren Kierkegaard est à la fois d'actualité et démodé. Il en va de même de tous les classiques. Le propre d'un auteur classique est d'être hors du temps. Et c'est aussi une caractéristique de bien des auteurs classiques d'avoir fait scandale dans leur temps et d'être honoré de notre temps. Honoré, mais momifié.

La question devient: en quoi ces auteurs - et Kierkegaard en l'occurrence - sont-ils présent dans notre présent  autrement qu'ils étaient présents dans leur présent ? En ceci, peut-être, que, pour une part, ils ont mis à jour des invariants cachés de la nature de l'homme  et de la nature de la société; c'est pour cette raison qu'ils faisaient scandale; et que, le temps ayant fait son oeuvre, ces invariants autrefois cachés sont, au moins partiellement, révélés, d'où il résulte que le scandale n'est plus.

Et cependant, je pense que Kierkegaard pourrait encore, en 2007, faire scandale; mais qu'il ferait scandale autrement; sachant, bien sûr, simple vue de l'esprit, que nécessairement, il s'exprimerait autrement.

(à suivre)

jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net

prochainement :

(2) Comment ceux qui parlent de Kierkegaard empêchent Kierkegaard de parler.
(3) Pourquoi Kierkegaard est et n'est pas d'actualité.
(4) Laissons parler Kierkegaard.
(5) Répondons à Kierkegaard
Par jpylg - Publié dans : 21) science des religions en France
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Samedi 21 avril 2007 6 21 /04 /Avr /2007 12:37
L'enseignement de la religion  en France sera traité dans cette rubrique désormais.

Il conviendra de bien distinguer l'enseignement de la science des religions et l'enseignement du fait  religieux.

Cette distinction essentielle s'éclairera dans les articles à venir.

A l'intention des visiteurs impatients, signalons trois ouvrages:

Le 1er s'intitule "Cent ans de sciences religieuses en France"












































Il n'est plus disponible actuellement dans le commerce, mais on le trouve dans les bonnes bibliothèques. Il est paru en 1986, à l'occasion du centenaire de la création de la Vème section
des sciences des religions à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, en remplacement de la faculté
de théologie présente depuis des siècles à la Sorbonne et que Victor Duruy avait supprimée
quelque temps plus tôt.

Un résumé de quelques données essentielles de ce livre figurera prochainement sur ce site.
Il s'agit donc de la religion, en tant que sciences, telle qu'elle peut être enseignée dans un cadre
laïc, sous la farantie de la République. (L'enseignement et la recherche sont, en l'occurrence,
associée).

L'ouvrage récent de François Laplanche, grand spécialiste de l'histoire du christianisme est,
évidemment, lui, disponible. Il concerne la recherche scientifique  enmatière des origines du
christianisme, aussi bien dans le cadre confessionnel que dans le cadre laïque, telle qu'elle
est pratiquée en France depuis le début du XXième siècle jusqu'à aujourd'hui.

























Le troisième livre est  "l"incontournable"
raport remis en 2001 par le philosophe
Régis Debray au ministre de l'enseignement
de l'époque, Jacques Lang, et qui concerne
l'enseignement du fait religieux tel qu'il
doit être fait à l'école de la République.
Il exclut, par conséquent, la recherche.
Nous reparlerons de cet ouvrage capital
pour ce sujet.
Par jpylg - Publié dans : 21) science des religions en France
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