Vendredi 15 juin 2007
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Cet article est paru sur le forum "fr.soc.religion", le 14 juin 2007
sous le titre :
Déconstruction du christianisme (29). Réponse à Paul Veyne : 2) comment Paul Veyne écrit l’histoire du IVème siècle.
LA DECONSTRUCTION DU CHRISTIANISME (pour une histoire dé-théolgisée des origines du christianisme)
Et, pour davantage de détails sur le IVème siècle, prière d’avoir la patience d’attendre, l’ouvrage qui paraîtra après :
TOLERANCE ET CONTRAINTE AU IVème SIECLE, AURORE DU CHRISTIANISME
(Constantin, Julien, Théodose).
Merci de votre attention
jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net
Voir l’Edit de Thessalonique en page (…)
sous le titre :
Déconstruction du christianisme (29). Réponse à Paul Veyne : 2) comment Paul Veyne écrit l’histoire du IVème siècle.
COMMENT VEYNE ECRIT L'HISTOIRE
« Circulez, il n’y a rien à voir » pourrait être, disais-je, le sous-titre du livre de Paul Veyne dont le titre principal est : « Quand notre monde est devenu chrétien : 312-394 »
Ce titre lui-même, dans la mesure où il prétend couvrir l’histoire du IVème siècle et tout spécialement sous l’angle des relations entre le politique et le religieux, aurait pu être plutôt : « Naissance du christianisme ». Sauf que, précisément, en masquant tout ce qui fait la réelle histoire de ce siècle, c’est, précisément, cette réalité historique fondamentale, cachée depuis un millénaire et demi, que l’auteur a l’intention de continuer à occulter. Le christianisme est une religion qui naît au IVème siècle de l’ère dite chrétienne.
Affirmant une telle idée, nous formulons une théorie, qui est cette théorie que notre livre « La déconstruction du christianisme » va tenter de démontrer.
Aucune religion ne naît brusquement ex nihilo, c’est-à-dire de rien, si ce n’est selon les adeptes de la vérité théologique, de la Révélation divine. Dans une perspective historique a-religieuse, toutes les religions au contraires, se forment progressivement en empruntant des éléments les unes aux autres, des plus anciennes aux plus récentes, et en restructurant ces élements dans une formation qui peut donner l’impression d’être, qui peut même être, parfaitement original. Mais ce processus prend du temps. C’est bien le cas du christianisme qui ne se sépare pas brutalement, en l’espace d’une génération, du judaïsme qui l’a vu naître, mais qui, non seulement s’en écarte très lentement, mais dérivant du judaïsme, n’en dérive pas moins des philosophies hellénistiques, tout en empruntant largement et à la mythologie grecque et aux cultes à mystères orientaux.
Selon notre théorie, il n’y a pas de christianisme ni de chrétiens au 1er siècle, parce que cette date est beaucoup trop précoce, même si quelque chose existe qui permettra l’émergence du christianisme.
On peut même être sûr qu’il est existe un groupe religieux dénommé, en grec, « christianoi » si l’on prend le verset 26 du chapitre 11 des Actes des Apôtres, qui pourrait être du 1er siècle, bien que ce ne soit pas aussi avéré qu’on veuille généralement le dire. De même, le courant religieux auquel ces individus se rattachent est bien le « christianismos », puisqu’Ignace d’Antioche utilise ce mot dans sa lettre aux Magnésiens ((X,3). Mais, nous semble-t-il, c’est abusivement que ces termes sont traduits par « chrétiens » et « christianisme ». Le terme d’Ignace de « christianismos » doit se traduire par « messianisme » et le terme des Actes de « Christianoi » par « messianistes ».
Que de tels groupes de personne aient existé au 1er et au 2ème siècle, c’est-à-dire des gens (Juifs ou païens) qui ont la conviction que le Messie annoncé depuis des siècles par le judaïsme était venu, cela ne saurait faire de doute. De plus, que le christianisme, cette religion chrétienne que nous connaissons et qui a forgé l’Europe, soit né de ce courant-là, c’est pratiquement une évidence. En revanche, cela n’était pas une nécessité. Cela veut dire que ces « christianoi » et ce « christianismos » auraient fort bien pu soit disparaître, soit donner naissance à une religioin nouvelle totalement différente de notre christianisme : par exemple en fusionnant avec d’autres courants philosophico-religieux contemporains, tels que le néo-pythagorisme, ou ultérieurs, tels que le manichéisme ou le néo-platonisme, ou le mithricacisme qui, historiquement, s’érigeront en concurrents de notre christianisme émergent.
La formation du christianisme que nous connaissons est un processus lent, exactement comme le sont toutes les formations de toutes les religions. Nécessairement, elle a un point de départ et un point d’achèvement, même s’il peut y avoir une part d’arbitraire à vouloir fixer ceux-ci avec trop de précision. Il n’y a pas particulièrement de raison de voulor interdire que ce point de départ soit au 1er siècle, même s’il existerait bien des raisons de le fixer antérieurement.
Il n’y a, par conséquent, pas de raison non plus de vouloir nier à un personnage qui serait Jésus-Christ de figurer à ce point de départ. Simplement, si Jésus-Christ fonde quelque chose, à supposer que son existence historique soit avérée, ce quelque chose n’est pas le christianisme, mais, dans le meilleur des cas, un quelque chose qui, ajouté à bien d’autres choses, conduira au chrstianisme. La question est de savoir quelles sont ces autres choses et quand sont-elles toutes réunies pour que l’on puisse dire que le christianisme est désormais formé, que le processus de formation est parvenu à son point d’achèvement ?
La réponse nous semble évidente, même si très peu d’historiens, parmi ceux, du moins, dont la théologie n’a pas mis à tout jamais l’esprit critique hors circuit, l’affirment : l’achèvement de la formation du christianisme se situe au IVème siècle, plus précisément à la fin du IVème du quatrième siècle, c’est-à-dire que le christianisme naît à la fin du IVème siècle et non au début du 1er. De même que la formation de l’embryon est terminée quand, sorti du ventre de la mère, il vient à l’ère libre et prend le nom de « bébé ». C’était sans doute le même être, mais une heure avant ou un mois avant la naissance, c’était un bébé attendu, mais ce n’était pas un bébé, c’était un embryon.
De la même façon, bien évidemment quelque chose existe, tout au long du IIIème siècle, et déjà au Iième, et peut-être même (en cherchant bien) au 1er qui présentera des analogies plus ou moins fortes, avec le christianisme ; mais ce ne sera pas le christianisme ; nous l’appellerons dans les pages qui suivent le « pré-christianisme ». La question devient de savoir ce qui sera nécessaire pour que l’on puisse considérer que, désormais, le christianisme est « né ». Selon nous, deux choses sont nécessaires et seulement deux : il faut qu’il y ait un objet de croyance qui corresponde à ce par quoi, aujourd’hui, nous reconnaissons le christianisme ; c’est la première ; la seconde c’est qu’il faut une autorité qui détermine cet objet de croyance et qui ait le pouvoir de désigner les individus et les groupes qui adhèrent à cette croyance, autorité qui s’exercent sur ceux-ci et qui existe par ceux-ci, nous avons désigné la papauté.
Par une telle définition impliquant l’autorité disciplinaire et dogmatique, c’est, évidemment, le christianisme catholique qui est défini. Nous n’oublions pas qu’aujourd’hui un christianisme protestant existe et que très tôt, dans le temps, un christianisme orthodoxe s’est séparé du christianisme catholique romain. Mais nous remettons à plus tard le souci d’en discuter pour réaffirmer que le christianisme que nous connaissons existe du jour – c’est bien le mot qu’il faut employer – du jour où se définissant lui-même, précisément par l’objet de croyance et par l’autorité, ce christianisme, précisément, se dit catholique, c’est-à-dire universel, c’est-à-dire mondial, c’est-à-dire général, c’est-à-dire pour tous, c’est-à-dire commun, car ce sont tous ces sens-là qui sont compris dans le terme grec « catholicos » utilisé. Et ce jour-là, en effet, existe, c’est le 28 février 3870 ; date de naissance du christianisme et disons-même que l’acte de baptême existe : son nom est l’Edit de Thessalonique et il a un auteur, il s’agit de l’Empereur Théodose (346-395) qui écrit : « Nous ordonnons que ceux-là soient rassemblés sous le nom de Chrétiens catholiques » (1). Les autres, dit Théodose, s’appelleront autrement, et il prendra de nombreux autres édits pour leur donner différents noms et abattre sur eux sa férule. Dans ce même Edit de Thessalonique, parfaitement officiel, il définit le cœur de la doctrine chrétienne : « Nous croyons en la divinité unique du Père, du Fils et de l’Esprit, dans une égale Majesté et une Sainte Trinité ». Enfin, Théosose désigne non pas le chef de l’Eglise catholique, qu’il vient officiellement de fonder, mais les deux chefs, puiqu’ainsi lui a-t-il semblé, les choses devaient fonctionner. Il désigne le Pontife Damase qui séjournait à Rome et le Pontife Pierre qui était, lui, à Alexandrie.
Nous entrerons plus loin dans l’examen de la question de la papauté et nous montrerons comment les données dont dispose l’histoire a-religieuse diffèrent sur ce point de la représentation qu’en veut donner l’histoire théologisée qui tient mordicus à une succession ininterrompue de papes de Saint-Pierre à Benoit XVI (364 papes, paraît-il).
Des évêques de Rome ont existé, bien entendu et même en nombre appréciable, avant Damase. Qu’ils aient exercé une quelconque autorité sur certains de leurs collègues d’autres diocèses, - ce que l’histoire officielle de l’Eglise s’entiche à affirmer et pour cause, puisque cette succession de papes serait la seule garantie de l’intégrité de la foi chrétienne enseignée par Jésus-Christ à ses apôtres, - ce n’est pas tout à fait impossible, bien que de nombreuses raisons invitent à en douter. Ce qui est sûr, c’est que si une telle autorité a existé avant Damase (305 ? – 384), elle ne s’est à peu pèrs jamais manifesté, en dépit des innombrables circonstances où elle aurait dû le faire. De même la connaissance que nous avons des 36 papes qui auraient précédé Damase est absolument squelettique, se réduisant la plupart du temps à un nom. Nous verrons cette question dans des pages ultérieures.
C’est donc pourquoi, jusqu’à preuve du contraire, il nous semble légitime d’affirmer que Damase est le premier pape d’une religion fondée le 28 février 380.
Il est particulièrement difficle à des croyants d’envisager que la religion en quoi souvent ils ont placé, ou bien d’où ils tirent, le meilleur d’eux-mêmes, ait été fondée par décret impérial, alors qu’ils la pensaient fondée par Révélation divine, mieux : par l’incarnation de Dieu lui-même dans l’espèce humaine, en la personne de Jésus-Christ.
C’est sans doute la raison pour laquelle, traitant de la façon dont notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne estime qu’il n’est pas utile de parler de l’Edit de Thessalonique. Il aurait sans doute fait trop de peine à certains s’il s’était laissé aller à une telle liberté. L’ennui est que, quand un tel type d’omissions devient systématique, on se trouve en face d’une entreprise de désinformation. Et quand une telle entreprise se pare, ne serait-ce qu’indirectement du prestige d’une maison telle que le Collège de France, on est en droit de dire, tant que demeure la liberté d’expression, qu’une telle entreprise est inadmissible.
Que penser des formations distribuées par les IUFM à l’intention des professeurs des écoles, si la plus haute autorité enseignante de notre Etat laïc, permet la désinformation systématique ? Rappelons que le but de la réintroduction de l’enseignement religieux à l’école laïque, préconisée par Régis Debray, est de comprendre les éléments fondateurs de notre civilisation.
Pour Paul Veyne, racontant le IVème siècle comme le siècle au cours duquel notre monde est devenu chrétien ne croit pas utilise de citer l’Edit de Thessalonique. Ce n’est pas un élément essentiel de ce siècle. Il n’a pas de rôle fondateur. Il ne figure sans doute pas en tant qu’article 2 du titre 1 du Livre XVI du Code Théodosien que le petit fils de Théodose 1er, Théodose II, fera compiler au Vème siècle et qui formera la base juridique de tous les états à venir de l’Europe.
Quel professeur d’IUFM parlera de l’Edit de Thessalonique et du Code théodosien à ses étudiants, si un professeur du Collège de France n’en parle pas à ses auditeurs, ne l’écrit pas pour ses lecteurs ? Quel instituteur de la France profonde osera à un parler à nos chères têtes blondes, si lui-même n’en a pas été informé ?
L’ »oubli » de l’Edit de Thessalonique est fort loin d’être le seul « oubli » du livre de Paul Veyne. Absolument tout, de la première à la dernière ligne, est à l’avenant.
Résumons : qu’il s’agisse, comme nous le disons, de la naissance du christianisme ou non, le IVème siècle est essentiel à la connaissance du christianisme. Rien n’oblige à adopter cette théorie du siècle de la naissance. Mais rien n’autorise, si l’on veut comprendre certains aspects essentiels du christianisme et la façon dont il jouera son rôle dans la formation de l’Europe, rien n’autorise à ignorer les faits les plus essentiels de ce siècle essentiel.
Beaucoup parmi les historiens non engagés religieusement considèrent que le christianisme existe à partir de la fin du Iième siècle, notamment avec Irénée et Tertullien. Cela se défend. Tout est dans la définition des critères permettant l’identification, la reconnaissance de telle ou telle religion, sa différence vis-à-vis d’une autre.
Ce qui commence à s’imposer chez les historiens a-religieux, c’est que la nécessité de dire que le premier siècle de l’ère chrétienne n’a pas pu voir, paradoxalement, la naissance du christianisme, c’est la nécessité de dire que Jésus-Christ, Pierre, Paul, Jacques ou les autres n’ont pas pu être chrétiens, même si, éventuellement, ils ont existé et fait telle ou telle chose qui permettra la naissance du christianisme.
La nécessité impérieuse qui se fait sentir est de dire que la réalité difficilement cernable de ce qui fait la matière des quatre évangiles canoniques appartient forcément à la religion juive, une religion juive archaïque, finissante, dont la clé de compréhension est dans le messianisme, l’apocalyptique, l’eschatologie, trois perspectives intrinsèquement liées mais qui se comprennent dans le judaïsme et non pas dans le christianisme qui en est, au contraire, un détournement.
Dès l’instant où cette réalité du premier siècle (ou du second) est systématiquement cachée - on la cachera, par exemple, en passant sous silence les dizaines d’évangiles qui circulent en même temps, - on ne peut également que cacher tous les éléments qui donnent lieu de penser que la véritable naissance de la religion nouvelle deviendrait claire si on la recherchait à une autre période que le siècle inital de notre ère. Le IVème, par exemple.
Les historiens a-religieux ne choquent pas encore trop s’ils prennent la liberté de placer la naissance du christianisme à la fin du Iième siècle, où les rapports entre l’ombre et la lumière permettent encore à la foi religieuse dogmatique de se représenter à peu près ce qu’elle veut, surtout pour peu que ces historiens aient pris la sage précaution d’affirmer haut et fort qu’ils ne mettent pas en doute l’existence de Jésus de Nazareth, lequel aurait fondé quelque chose qu’ils s’accordent à appeler le « mouvement de Jésus ». « Appelez cela le mouvement de Jésus « , si cela vous chante », rétorquent en toute confraternité leurs collègues les historiens-théologiens, « et laissez-nous penser (et dire) qu’il s’agit de l’Eglise, sachant qu’il y a christianisme s’il y a l’Eglise et qu’en conséquence, le christianisme a bien été fondé par Jésus et les Apôtres, comme nous le disons depuis 2,000 ans ».
Dès lors, les choses s’envenimeraient vite si les premiers en venaient à soutenir que tout est chrétien n’est pas présent au 1er siècle, c’est-à-dire dans les évangiles, s’ils sont du 1er siècle, à commencer par la divinité de Jésus et qu’en revanche, tout ce qui est présent, est bel et bien juif, à commencer par le Messie et la fin du Monde ». Mais ce qui serait inexorablement un conflit insoluble se résoud dans des discussions d’experts, où , à défaut de franchise, on rivalise d’érudition. On sait vivre, entre gens instruits.
Il faut avoir la naïveté de l’enfant du Conte d’Andersen (« Les habits neufs de l’Empereur ») qui s’écrie devant les courtisans interloqués : »Mais le roi est nu ! » pour faire remarquer à ces savants :
- qu’au début du IVème siècle, il n’y a pas de pape ; qu’à la fin, il y en a un.
- qu’au début du IVème siècle, il n’y a ni fêtes religieuses légales, ni pélerinages aux lieux saints, nireliques ; mais qu’il y a tout cela à la fin.
- qu’au début du début IVème siècle, la religion chrétienne est interdite et persécutée, qu’à la fin, elle est obligatoire et persécutrice.
C’est tout cela qu’oublie Paul Veyne, quand il prétend raconter comment notre monde est devenu chrétien.
Inutile d’entrer dans le détail. Cet ouvrage est absolument indéfendable. Il est même pernicieux, en ce qu’il semble sacrifier à cette tendance d’où devrait sortir cette vérité cachée depuis un millénaire et demi, précisément consistant à reconnaître que le christianisme est né au IVème siècle.
Or, si l’auteur choisit de braquer les projecteurs sur ce siècle décisif, ce n’est par pour éclairer, c’est, au contraire, pour aveugler ; ce n’est pas pour qu’il soit connu, c’est, au contraire, délibérément pour que le, pensant honnêtement, l’avoir étudié, reparte plus ignorant que jamais et parfaitement berné .
C’est ainsi qu’en consacrant les quatre-cinquièmes de son ouvrage à Constantin, Paul Veyne donne caution à cette idée reçue aussi tenance que fausse qui est que c’est à Constantin que le christianisme devrait d’être devenu religion d’Etat. Constantin ne fait rien de tel : il donne au christianisme une situation de religion privilégiée, mais nullement unique ni obligatoire, le paganisme attaqué ici ou là, surtout pour des raisons fiscales, demeure autorisé, le culte impérial continue à s’exercer en sa personne ; il demeure lui-même le Souverain Pontife (Pontifex Maximus), c’est-à-dire chef religieux de tout l’empire.
C’est Théodose, encore Théodose qui, non content de l’Edit de Thessalonique qui fait, bel et bien, du christianisme la religion obligatoire et unique, prend une série de décrets pour persécuter le paganisme (tolérant le judaïsme). C’est Théodose qui renonce au titre de « Pontife maximus », reconnaissant par là-même l’autorité religieuse du pape. Théodose acceptera l’excommunication prononcée contre lui par Ambroise, l’évêque de Milan et se soumettra à l’amende honorable pour sa réintégration. Paul Veyne n’en souffle mot. Circulez. Il n’y a rien à voir. Théodose, dans le livre de Paul Veyne, n’a droit qu’à quelques pages.
L’Empereur Julien (dit Julien l’Apostat) qui, de 361 à 363, tente, après la mort du Fils de Constantin, de restaurer le paganisme, est à peine évoqué. Circulez.
Sur Constantin lui-même, Paul Veyne ne dit pas un mot qui pourrait éveiller l’esprit critique. Il raconte la vision chrétienne du Pont Milvius,en 312 , mais oublie la vision païenne du même Constantin au temple gaullois d’Apollon en 310. Il fait semblant d’ignorer que l’authenticité de la conversion de Constantin a été contestée par de nombreux historiens. Il oublie tous ses crimes. Idem pour l’attachement de l’Empereur au culte du soleil et à tout un ensemble de rites païens jusqu’à la fin de sa vie ; il néglige que le baptême ait lieu à la fin de sa vie, par un évêque arien ; il oublie le revirement de Constantin en faveur de l’arianisme ; d’ailleurs, de l’affaire de l’arianisme, Paul Veyne ne dit à peu près rien ; comme si ce n’était pas la question essentielle de la structuration de la foi chrétienne ; comme si loin d’etre résolue, comme le prétendent les théologiens, en 325 au concile de Nicée (qui se tenait dans son palais d’été) , elle ne ne continuait pas jusqu’au concile de Constantinople de 381 (dans la capitale de Théodose), pour d’ailleurs ,ne jamais se terminer vraiment mais se transformer en d’autres hérésies et aboutir, in fine, au grand schisme de l’Eglise d’Orient.
Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire : les deux dates choisies comme des repères décifis (312, la bataille de Pont Milvius) et 394 (la bataille de la Rivière Froide) sont parfaitement arbitraires.
Pourquoi ne pas prendre plutôt, 311, l’édit de tolérance de Galère qui met fin à la persécution de Dioclétien et accorde aux chrétiens la liberté de pratiquer leur culte et 391, par exemple, où Théodose, le 16 mai, prend, après bien d’autres décrets, celui-ci qui figurera dans le Code Théodosien, au livre XVI, chapitre 5, titre V, article 20 :
« Nous ordonnons que que les pollutions contagieuses des hérétiques soient extirpées des villes et déracinées des villages. Il n’y aura à leur endroit aucune possibilité de rassemblement, si bien que, nulle part, ne s’assemblera une réunion sacrilège de tels hommes. Aucun rassemblement qu’il soit public ou caché ne sera permis à la perversité de tels hommes, qui puisse servir de retraites à leurs fausses doctrines ».
Pourquoi pas 325, 1er concile œcuménique de Nicée, où sous le regard en coin de l’empereur, les évêques définissent le premier dogme chrétien, à savoir la consubstantialité du Fils et du Père, et 381 : Constantinople , deuxième concile oeucuménique, où les évêques, étroitement surveillés, édictent le deuxième dogme, celui de la Trinité , définisant ainsi le credo que nous récitons encore aujourd’hui et qui s’appelle, pour ces raisons, le credo de Nicée-Constantinople et que l’on pourrait appeler aussi bien le Credo de Constantin-Théodose ?
Pourquoi pas 325-381 ou 311-391 plutôt que 312-395 ? Pour une raison très précise, c’est que, si l’auteur choisissait les deux premiers couples de date, plutôt que le troisième, il offirait au lecteur des repères réellement significatifs de ce que fut l’histoire de ce siècle tourmenté et décisif. C’est, précisément, ce qu’il veut éviter. Le but de cet ouvrage, c’est de présenter une vision édulcorée de ce que fut la réalité implacable, cruelle et irréversible du siècle fondateur de la civilisation occidentale. Son but est de permettre aux historiens-théologiens de poursuivre l’œuvre de foi, que d’ailleurs, bien sûr, ils jugent bonne et vitale, sans se trouver gênés par la vérité historique qui, selon eux, est d’une moindre valeur que la vérité théologique qu’ils détiennent.
Je pourrais continuer ; mais c’est assez pour aujourd’hui. Pour d’autres informations sur la lente formation du christianisme, rendez-vous prochainement dans
Ce titre lui-même, dans la mesure où il prétend couvrir l’histoire du IVème siècle et tout spécialement sous l’angle des relations entre le politique et le religieux, aurait pu être plutôt : « Naissance du christianisme ». Sauf que, précisément, en masquant tout ce qui fait la réelle histoire de ce siècle, c’est, précisément, cette réalité historique fondamentale, cachée depuis un millénaire et demi, que l’auteur a l’intention de continuer à occulter. Le christianisme est une religion qui naît au IVème siècle de l’ère dite chrétienne.
Affirmant une telle idée, nous formulons une théorie, qui est cette théorie que notre livre « La déconstruction du christianisme » va tenter de démontrer.
Aucune religion ne naît brusquement ex nihilo, c’est-à-dire de rien, si ce n’est selon les adeptes de la vérité théologique, de la Révélation divine. Dans une perspective historique a-religieuse, toutes les religions au contraires, se forment progressivement en empruntant des éléments les unes aux autres, des plus anciennes aux plus récentes, et en restructurant ces élements dans une formation qui peut donner l’impression d’être, qui peut même être, parfaitement original. Mais ce processus prend du temps. C’est bien le cas du christianisme qui ne se sépare pas brutalement, en l’espace d’une génération, du judaïsme qui l’a vu naître, mais qui, non seulement s’en écarte très lentement, mais dérivant du judaïsme, n’en dérive pas moins des philosophies hellénistiques, tout en empruntant largement et à la mythologie grecque et aux cultes à mystères orientaux.
Selon notre théorie, il n’y a pas de christianisme ni de chrétiens au 1er siècle, parce que cette date est beaucoup trop précoce, même si quelque chose existe qui permettra l’émergence du christianisme.
On peut même être sûr qu’il est existe un groupe religieux dénommé, en grec, « christianoi » si l’on prend le verset 26 du chapitre 11 des Actes des Apôtres, qui pourrait être du 1er siècle, bien que ce ne soit pas aussi avéré qu’on veuille généralement le dire. De même, le courant religieux auquel ces individus se rattachent est bien le « christianismos », puisqu’Ignace d’Antioche utilise ce mot dans sa lettre aux Magnésiens ((X,3). Mais, nous semble-t-il, c’est abusivement que ces termes sont traduits par « chrétiens » et « christianisme ». Le terme d’Ignace de « christianismos » doit se traduire par « messianisme » et le terme des Actes de « Christianoi » par « messianistes ».
Que de tels groupes de personne aient existé au 1er et au 2ème siècle, c’est-à-dire des gens (Juifs ou païens) qui ont la conviction que le Messie annoncé depuis des siècles par le judaïsme était venu, cela ne saurait faire de doute. De plus, que le christianisme, cette religion chrétienne que nous connaissons et qui a forgé l’Europe, soit né de ce courant-là, c’est pratiquement une évidence. En revanche, cela n’était pas une nécessité. Cela veut dire que ces « christianoi » et ce « christianismos » auraient fort bien pu soit disparaître, soit donner naissance à une religioin nouvelle totalement différente de notre christianisme : par exemple en fusionnant avec d’autres courants philosophico-religieux contemporains, tels que le néo-pythagorisme, ou ultérieurs, tels que le manichéisme ou le néo-platonisme, ou le mithricacisme qui, historiquement, s’érigeront en concurrents de notre christianisme émergent.
La formation du christianisme que nous connaissons est un processus lent, exactement comme le sont toutes les formations de toutes les religions. Nécessairement, elle a un point de départ et un point d’achèvement, même s’il peut y avoir une part d’arbitraire à vouloir fixer ceux-ci avec trop de précision. Il n’y a pas particulièrement de raison de voulor interdire que ce point de départ soit au 1er siècle, même s’il existerait bien des raisons de le fixer antérieurement.
Il n’y a, par conséquent, pas de raison non plus de vouloir nier à un personnage qui serait Jésus-Christ de figurer à ce point de départ. Simplement, si Jésus-Christ fonde quelque chose, à supposer que son existence historique soit avérée, ce quelque chose n’est pas le christianisme, mais, dans le meilleur des cas, un quelque chose qui, ajouté à bien d’autres choses, conduira au chrstianisme. La question est de savoir quelles sont ces autres choses et quand sont-elles toutes réunies pour que l’on puisse dire que le christianisme est désormais formé, que le processus de formation est parvenu à son point d’achèvement ?
La réponse nous semble évidente, même si très peu d’historiens, parmi ceux, du moins, dont la théologie n’a pas mis à tout jamais l’esprit critique hors circuit, l’affirment : l’achèvement de la formation du christianisme se situe au IVème siècle, plus précisément à la fin du IVème du quatrième siècle, c’est-à-dire que le christianisme naît à la fin du IVème siècle et non au début du 1er. De même que la formation de l’embryon est terminée quand, sorti du ventre de la mère, il vient à l’ère libre et prend le nom de « bébé ». C’était sans doute le même être, mais une heure avant ou un mois avant la naissance, c’était un bébé attendu, mais ce n’était pas un bébé, c’était un embryon.
De la même façon, bien évidemment quelque chose existe, tout au long du IIIème siècle, et déjà au Iième, et peut-être même (en cherchant bien) au 1er qui présentera des analogies plus ou moins fortes, avec le christianisme ; mais ce ne sera pas le christianisme ; nous l’appellerons dans les pages qui suivent le « pré-christianisme ». La question devient de savoir ce qui sera nécessaire pour que l’on puisse considérer que, désormais, le christianisme est « né ». Selon nous, deux choses sont nécessaires et seulement deux : il faut qu’il y ait un objet de croyance qui corresponde à ce par quoi, aujourd’hui, nous reconnaissons le christianisme ; c’est la première ; la seconde c’est qu’il faut une autorité qui détermine cet objet de croyance et qui ait le pouvoir de désigner les individus et les groupes qui adhèrent à cette croyance, autorité qui s’exercent sur ceux-ci et qui existe par ceux-ci, nous avons désigné la papauté.
Par une telle définition impliquant l’autorité disciplinaire et dogmatique, c’est, évidemment, le christianisme catholique qui est défini. Nous n’oublions pas qu’aujourd’hui un christianisme protestant existe et que très tôt, dans le temps, un christianisme orthodoxe s’est séparé du christianisme catholique romain. Mais nous remettons à plus tard le souci d’en discuter pour réaffirmer que le christianisme que nous connaissons existe du jour – c’est bien le mot qu’il faut employer – du jour où se définissant lui-même, précisément par l’objet de croyance et par l’autorité, ce christianisme, précisément, se dit catholique, c’est-à-dire universel, c’est-à-dire mondial, c’est-à-dire général, c’est-à-dire pour tous, c’est-à-dire commun, car ce sont tous ces sens-là qui sont compris dans le terme grec « catholicos » utilisé. Et ce jour-là, en effet, existe, c’est le 28 février 3870 ; date de naissance du christianisme et disons-même que l’acte de baptême existe : son nom est l’Edit de Thessalonique et il a un auteur, il s’agit de l’Empereur Théodose (346-395) qui écrit : « Nous ordonnons que ceux-là soient rassemblés sous le nom de Chrétiens catholiques » (1). Les autres, dit Théodose, s’appelleront autrement, et il prendra de nombreux autres édits pour leur donner différents noms et abattre sur eux sa férule. Dans ce même Edit de Thessalonique, parfaitement officiel, il définit le cœur de la doctrine chrétienne : « Nous croyons en la divinité unique du Père, du Fils et de l’Esprit, dans une égale Majesté et une Sainte Trinité ». Enfin, Théosose désigne non pas le chef de l’Eglise catholique, qu’il vient officiellement de fonder, mais les deux chefs, puiqu’ainsi lui a-t-il semblé, les choses devaient fonctionner. Il désigne le Pontife Damase qui séjournait à Rome et le Pontife Pierre qui était, lui, à Alexandrie.
Nous entrerons plus loin dans l’examen de la question de la papauté et nous montrerons comment les données dont dispose l’histoire a-religieuse diffèrent sur ce point de la représentation qu’en veut donner l’histoire théologisée qui tient mordicus à une succession ininterrompue de papes de Saint-Pierre à Benoit XVI (364 papes, paraît-il).
Des évêques de Rome ont existé, bien entendu et même en nombre appréciable, avant Damase. Qu’ils aient exercé une quelconque autorité sur certains de leurs collègues d’autres diocèses, - ce que l’histoire officielle de l’Eglise s’entiche à affirmer et pour cause, puisque cette succession de papes serait la seule garantie de l’intégrité de la foi chrétienne enseignée par Jésus-Christ à ses apôtres, - ce n’est pas tout à fait impossible, bien que de nombreuses raisons invitent à en douter. Ce qui est sûr, c’est que si une telle autorité a existé avant Damase (305 ? – 384), elle ne s’est à peu pèrs jamais manifesté, en dépit des innombrables circonstances où elle aurait dû le faire. De même la connaissance que nous avons des 36 papes qui auraient précédé Damase est absolument squelettique, se réduisant la plupart du temps à un nom. Nous verrons cette question dans des pages ultérieures.
C’est donc pourquoi, jusqu’à preuve du contraire, il nous semble légitime d’affirmer que Damase est le premier pape d’une religion fondée le 28 février 380.
Il est particulièrement difficle à des croyants d’envisager que la religion en quoi souvent ils ont placé, ou bien d’où ils tirent, le meilleur d’eux-mêmes, ait été fondée par décret impérial, alors qu’ils la pensaient fondée par Révélation divine, mieux : par l’incarnation de Dieu lui-même dans l’espèce humaine, en la personne de Jésus-Christ.
C’est sans doute la raison pour laquelle, traitant de la façon dont notre monde est devenu chrétien, Paul Veyne estime qu’il n’est pas utile de parler de l’Edit de Thessalonique. Il aurait sans doute fait trop de peine à certains s’il s’était laissé aller à une telle liberté. L’ennui est que, quand un tel type d’omissions devient systématique, on se trouve en face d’une entreprise de désinformation. Et quand une telle entreprise se pare, ne serait-ce qu’indirectement du prestige d’une maison telle que le Collège de France, on est en droit de dire, tant que demeure la liberté d’expression, qu’une telle entreprise est inadmissible.
Que penser des formations distribuées par les IUFM à l’intention des professeurs des écoles, si la plus haute autorité enseignante de notre Etat laïc, permet la désinformation systématique ? Rappelons que le but de la réintroduction de l’enseignement religieux à l’école laïque, préconisée par Régis Debray, est de comprendre les éléments fondateurs de notre civilisation.
Pour Paul Veyne, racontant le IVème siècle comme le siècle au cours duquel notre monde est devenu chrétien ne croit pas utilise de citer l’Edit de Thessalonique. Ce n’est pas un élément essentiel de ce siècle. Il n’a pas de rôle fondateur. Il ne figure sans doute pas en tant qu’article 2 du titre 1 du Livre XVI du Code Théodosien que le petit fils de Théodose 1er, Théodose II, fera compiler au Vème siècle et qui formera la base juridique de tous les états à venir de l’Europe.
Quel professeur d’IUFM parlera de l’Edit de Thessalonique et du Code théodosien à ses étudiants, si un professeur du Collège de France n’en parle pas à ses auditeurs, ne l’écrit pas pour ses lecteurs ? Quel instituteur de la France profonde osera à un parler à nos chères têtes blondes, si lui-même n’en a pas été informé ?
L’ »oubli » de l’Edit de Thessalonique est fort loin d’être le seul « oubli » du livre de Paul Veyne. Absolument tout, de la première à la dernière ligne, est à l’avenant.
Résumons : qu’il s’agisse, comme nous le disons, de la naissance du christianisme ou non, le IVème siècle est essentiel à la connaissance du christianisme. Rien n’oblige à adopter cette théorie du siècle de la naissance. Mais rien n’autorise, si l’on veut comprendre certains aspects essentiels du christianisme et la façon dont il jouera son rôle dans la formation de l’Europe, rien n’autorise à ignorer les faits les plus essentiels de ce siècle essentiel.
Beaucoup parmi les historiens non engagés religieusement considèrent que le christianisme existe à partir de la fin du Iième siècle, notamment avec Irénée et Tertullien. Cela se défend. Tout est dans la définition des critères permettant l’identification, la reconnaissance de telle ou telle religion, sa différence vis-à-vis d’une autre.
Ce qui commence à s’imposer chez les historiens a-religieux, c’est que la nécessité de dire que le premier siècle de l’ère chrétienne n’a pas pu voir, paradoxalement, la naissance du christianisme, c’est la nécessité de dire que Jésus-Christ, Pierre, Paul, Jacques ou les autres n’ont pas pu être chrétiens, même si, éventuellement, ils ont existé et fait telle ou telle chose qui permettra la naissance du christianisme.
La nécessité impérieuse qui se fait sentir est de dire que la réalité difficilement cernable de ce qui fait la matière des quatre évangiles canoniques appartient forcément à la religion juive, une religion juive archaïque, finissante, dont la clé de compréhension est dans le messianisme, l’apocalyptique, l’eschatologie, trois perspectives intrinsèquement liées mais qui se comprennent dans le judaïsme et non pas dans le christianisme qui en est, au contraire, un détournement.
Dès l’instant où cette réalité du premier siècle (ou du second) est systématiquement cachée - on la cachera, par exemple, en passant sous silence les dizaines d’évangiles qui circulent en même temps, - on ne peut également que cacher tous les éléments qui donnent lieu de penser que la véritable naissance de la religion nouvelle deviendrait claire si on la recherchait à une autre période que le siècle inital de notre ère. Le IVème, par exemple.
Les historiens a-religieux ne choquent pas encore trop s’ils prennent la liberté de placer la naissance du christianisme à la fin du Iième siècle, où les rapports entre l’ombre et la lumière permettent encore à la foi religieuse dogmatique de se représenter à peu près ce qu’elle veut, surtout pour peu que ces historiens aient pris la sage précaution d’affirmer haut et fort qu’ils ne mettent pas en doute l’existence de Jésus de Nazareth, lequel aurait fondé quelque chose qu’ils s’accordent à appeler le « mouvement de Jésus ». « Appelez cela le mouvement de Jésus « , si cela vous chante », rétorquent en toute confraternité leurs collègues les historiens-théologiens, « et laissez-nous penser (et dire) qu’il s’agit de l’Eglise, sachant qu’il y a christianisme s’il y a l’Eglise et qu’en conséquence, le christianisme a bien été fondé par Jésus et les Apôtres, comme nous le disons depuis 2,000 ans ».
Dès lors, les choses s’envenimeraient vite si les premiers en venaient à soutenir que tout est chrétien n’est pas présent au 1er siècle, c’est-à-dire dans les évangiles, s’ils sont du 1er siècle, à commencer par la divinité de Jésus et qu’en revanche, tout ce qui est présent, est bel et bien juif, à commencer par le Messie et la fin du Monde ». Mais ce qui serait inexorablement un conflit insoluble se résoud dans des discussions d’experts, où , à défaut de franchise, on rivalise d’érudition. On sait vivre, entre gens instruits.
Il faut avoir la naïveté de l’enfant du Conte d’Andersen (« Les habits neufs de l’Empereur ») qui s’écrie devant les courtisans interloqués : »Mais le roi est nu ! » pour faire remarquer à ces savants :
- qu’au début du IVème siècle, il n’y a pas de pape ; qu’à la fin, il y en a un.
- qu’au début du IVème siècle, il n’y a ni fêtes religieuses légales, ni pélerinages aux lieux saints, nireliques ; mais qu’il y a tout cela à la fin.
- qu’au début du début IVème siècle, la religion chrétienne est interdite et persécutée, qu’à la fin, elle est obligatoire et persécutrice.
C’est tout cela qu’oublie Paul Veyne, quand il prétend raconter comment notre monde est devenu chrétien.
Inutile d’entrer dans le détail. Cet ouvrage est absolument indéfendable. Il est même pernicieux, en ce qu’il semble sacrifier à cette tendance d’où devrait sortir cette vérité cachée depuis un millénaire et demi, précisément consistant à reconnaître que le christianisme est né au IVème siècle.
Or, si l’auteur choisit de braquer les projecteurs sur ce siècle décisif, ce n’est par pour éclairer, c’est, au contraire, pour aveugler ; ce n’est pas pour qu’il soit connu, c’est, au contraire, délibérément pour que le, pensant honnêtement, l’avoir étudié, reparte plus ignorant que jamais et parfaitement berné .
C’est ainsi qu’en consacrant les quatre-cinquièmes de son ouvrage à Constantin, Paul Veyne donne caution à cette idée reçue aussi tenance que fausse qui est que c’est à Constantin que le christianisme devrait d’être devenu religion d’Etat. Constantin ne fait rien de tel : il donne au christianisme une situation de religion privilégiée, mais nullement unique ni obligatoire, le paganisme attaqué ici ou là, surtout pour des raisons fiscales, demeure autorisé, le culte impérial continue à s’exercer en sa personne ; il demeure lui-même le Souverain Pontife (Pontifex Maximus), c’est-à-dire chef religieux de tout l’empire.
C’est Théodose, encore Théodose qui, non content de l’Edit de Thessalonique qui fait, bel et bien, du christianisme la religion obligatoire et unique, prend une série de décrets pour persécuter le paganisme (tolérant le judaïsme). C’est Théodose qui renonce au titre de « Pontife maximus », reconnaissant par là-même l’autorité religieuse du pape. Théodose acceptera l’excommunication prononcée contre lui par Ambroise, l’évêque de Milan et se soumettra à l’amende honorable pour sa réintégration. Paul Veyne n’en souffle mot. Circulez. Il n’y a rien à voir. Théodose, dans le livre de Paul Veyne, n’a droit qu’à quelques pages.
L’Empereur Julien (dit Julien l’Apostat) qui, de 361 à 363, tente, après la mort du Fils de Constantin, de restaurer le paganisme, est à peine évoqué. Circulez.
Sur Constantin lui-même, Paul Veyne ne dit pas un mot qui pourrait éveiller l’esprit critique. Il raconte la vision chrétienne du Pont Milvius,en 312 , mais oublie la vision païenne du même Constantin au temple gaullois d’Apollon en 310. Il fait semblant d’ignorer que l’authenticité de la conversion de Constantin a été contestée par de nombreux historiens. Il oublie tous ses crimes. Idem pour l’attachement de l’Empereur au culte du soleil et à tout un ensemble de rites païens jusqu’à la fin de sa vie ; il néglige que le baptême ait lieu à la fin de sa vie, par un évêque arien ; il oublie le revirement de Constantin en faveur de l’arianisme ; d’ailleurs, de l’affaire de l’arianisme, Paul Veyne ne dit à peu près rien ; comme si ce n’était pas la question essentielle de la structuration de la foi chrétienne ; comme si loin d’etre résolue, comme le prétendent les théologiens, en 325 au concile de Nicée (qui se tenait dans son palais d’été) , elle ne ne continuait pas jusqu’au concile de Constantinople de 381 (dans la capitale de Théodose), pour d’ailleurs ,ne jamais se terminer vraiment mais se transformer en d’autres hérésies et aboutir, in fine, au grand schisme de l’Eglise d’Orient.
Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à dire : les deux dates choisies comme des repères décifis (312, la bataille de Pont Milvius) et 394 (la bataille de la Rivière Froide) sont parfaitement arbitraires.
Pourquoi ne pas prendre plutôt, 311, l’édit de tolérance de Galère qui met fin à la persécution de Dioclétien et accorde aux chrétiens la liberté de pratiquer leur culte et 391, par exemple, où Théodose, le 16 mai, prend, après bien d’autres décrets, celui-ci qui figurera dans le Code Théodosien, au livre XVI, chapitre 5, titre V, article 20 :
« Nous ordonnons que que les pollutions contagieuses des hérétiques soient extirpées des villes et déracinées des villages. Il n’y aura à leur endroit aucune possibilité de rassemblement, si bien que, nulle part, ne s’assemblera une réunion sacrilège de tels hommes. Aucun rassemblement qu’il soit public ou caché ne sera permis à la perversité de tels hommes, qui puisse servir de retraites à leurs fausses doctrines ».
Pourquoi pas 325, 1er concile œcuménique de Nicée, où sous le regard en coin de l’empereur, les évêques définissent le premier dogme chrétien, à savoir la consubstantialité du Fils et du Père, et 381 : Constantinople , deuxième concile oeucuménique, où les évêques, étroitement surveillés, édictent le deuxième dogme, celui de la Trinité , définisant ainsi le credo que nous récitons encore aujourd’hui et qui s’appelle, pour ces raisons, le credo de Nicée-Constantinople et que l’on pourrait appeler aussi bien le Credo de Constantin-Théodose ?
Pourquoi pas 325-381 ou 311-391 plutôt que 312-395 ? Pour une raison très précise, c’est que, si l’auteur choisissait les deux premiers couples de date, plutôt que le troisième, il offirait au lecteur des repères réellement significatifs de ce que fut l’histoire de ce siècle tourmenté et décisif. C’est, précisément, ce qu’il veut éviter. Le but de cet ouvrage, c’est de présenter une vision édulcorée de ce que fut la réalité implacable, cruelle et irréversible du siècle fondateur de la civilisation occidentale. Son but est de permettre aux historiens-théologiens de poursuivre l’œuvre de foi, que d’ailleurs, bien sûr, ils jugent bonne et vitale, sans se trouver gênés par la vérité historique qui, selon eux, est d’une moindre valeur que la vérité théologique qu’ils détiennent.
Je pourrais continuer ; mais c’est assez pour aujourd’hui. Pour d’autres informations sur la lente formation du christianisme, rendez-vous prochainement dans
LA DECONSTRUCTION DU CHRISTIANISME (pour une histoire dé-théolgisée des origines du christianisme)
Et, pour davantage de détails sur le IVème siècle, prière d’avoir la patience d’attendre, l’ouvrage qui paraîtra après :
TOLERANCE ET CONTRAINTE AU IVème SIECLE, AURORE DU CHRISTIANISME
(Constantin, Julien, Théodose).
Merci de votre attention
jean-paul yves le goff
http://www.lelivrelibre.net
Voir l’Edit de Thessalonique en page (…)
Par jpylg
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Publié dans : 21) science des religions en France
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